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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 06:02

 

   «Tandis que les Francs réunis étaient en route pour Saffuriyya, Saladin convoqua ses émirs en conseil. La plupart lui conseillèrent de ne pas combattre, mais d'affaiblir l'ennemi par des escarmouches et des raids répétés, mais d'autres lui conseillèrent de piller les territoires des Francs et de livrer bataille à toute armée franque qui se trouverait sur son chemin, "parce qu'en Orient, les gens nous maudissent, disant que nous avons cessé de combattre les infidèles pour nous mettre à combattre les musulmans. il nous faut donc faire quelque chose pour nous justifier et faire taire les critiques". Mais Saladin dit: "Mon sentiment est que nous devrions affronter toutes les forces de l'ennemi avec toutes les forces de l'Islam, car les événements ne se déroulent pas selon la volonté de l'homme, et nous ne savons pas combien de temps il nous reste à vivre; il serait donc fou de dissiper cette concentration de troupes sans porter un coup féroce dans la guerre sainte." C'est ainsi que le jeudi 23 rabi 11 (2 juillet 1187), le cinquième jour après que nous avions planté le camp à Uqhuwana, il leva le camp et se mit en mouvement vers les hauteurs, laissant derrière lui la ville de Tibé­riade. Mais, lorsqu'il approcha des Francs, il n'y avait personne en vue, car ils n'avaient pas encore quitté leurs tentes. il redescendit donc de la colline avec son armée. Le soir venu, il disposa ses troupes de manière à empêcher l'ennemi de livrer bataille puis attaqua Tibériade avec des effectifs réduits, fit une brèche dans le mur d'enceinte et s'empara de la ville en un assaut nocturne. Les habitants prirent la fuite, cherchant refuge dans la citadelle où se trouvaient la comtesse et ses enfants et, de là, ils se défendirent tandis que la ville basse était mise à sac et incendiée.

 
« Lorsque les Francs apprirent que Saladin avait attaqué Tibériade et s'en était emparé ainsi que de tout ce qui s'y trouvait, met­tant le feu aux maisons et à tout ce qu'ils ne pouvaient emporter avec eux, ils se réunirent en conseil. Certains suggérèrent au roi d'affronter les musulmans et de les chasser hors de Tibériade, mais le comte intervint pour dire: "Tibériade m'appartient, à moi et à ma femme. Il est hors de doute que Saladin y est en ce moment et que seule demeure la citadelle, dans laquelle ma femme se trouve enfermée. Pour ma part, s'il s'empare de la cita­delle. de ma femme et de toutes mes possessions et s'en va, je serai assez satisfait. Par Dieu, j'ai observé les armées de l'Islam au cours des années et je n'en ai jamais vu aucune qui égale l'armée de Saladin ici en nombre et en puissance. S'il prend Tibériade, il ne sera pas en mesure d'y rester, et ,une fois qu'il l'aura quitté et qu'il sera parti, nous le reprendrons; car s'il choisit d'y rester, il ne sera pas capable d'y maintenir son armée, dont les soldats ne pourront supporter longtemps d'être séparés de leur foyer et de leur famille. Il sera forcé d'évacuer la ville, et nous libérerons ses prisonniers." Mais le prince Arnat d'al-Karak (Renaud de Châtillon) répliqua: "Vous avez tout fait pour que nous ayons peur des musulmans. Il est clair que vous vous rangez à leurs côtés et que toutes vos sympathies vont vers eux ; autrement, vous n'auriez pas parlé de cette façon. Quant au nombre de leurs soldats, beaucoup serviront de carburant aux feux de l'enfer..."

 

 « "Je suis avec vous, dit le comte; et si vous avancez, j'avan­cerai avec vous, et si vous reculez, je reculerai. Vous verrez ce qui se passera." Les généraux décidèrent d'avancer et de livrer bataille aux musulmans, et ils quittèrent l'endroit où ils avaient campé jusqu'alors et marchèrent sur l'armée musulmane. Lorsque Saladin apprit la nouvelle, il donna l'ordre à son armée de se retirer de ses positions près de Tibériade; sa seule raison pour assiéger Tibériade était de pousser les Francs à abandonner leurs positions et livrer bataille. Les musulmans descendirent jusqu'à l'eau (du lac). Il faisait une chaleur torride et les musulmansempêchaient les Francs, qui souffraient énormément de la soif, d'approcher de l'eau. Les Francs avaient mis à sec toutes les citernes de l'endroit, mais ils ne pouvaient se retourner, par crainte des musulmans. Et, toute la nuit, ils furent torturés par la soif. De leur côté, les musulmans avaient perdu leur crainte initiale de l'ennemi et étaient dans d'excellentes dispositions, passant la nuit à s'inciter mutuellement au combat. Ils sentaient la victoire dans l'air, et plus ils voyaient s'affaiblir le moral désespérément bas des Francs, plus ils devenaient agressifs et audacieux; pendant toute la nuit, les cris de Allah akbar [Dieu est grand] et "n n'y a d'autre Dieu qu'Allah" s'élevèrent vers les cieux. Pendant ce temps, le sultan déployait son avant-garde d'archers et distribuait les flèches.

 

«Le samedi 24 rabi 11 (4 juillet 1187); Saladin et les musul­mans se mirent en selle et avancèrent sur les Francs, qui étaient également montés à cheval, et les deux armées s'affrontèrent. Mais les Francs souffraient cruellement de la soif, et ils avaient perdu confiance. La bataille faisait furieusement rage, les deux côtés présentant une résistance tenace. Les archers musulmans décochaient des nuées de flèches, telles une dense pluie de criquets, tuant bon nombre des chevaux francs. Les Francs. s'étant entourés de leur infanterie, cherchèrent à se frayer un passage vers Tibériade dans l'espoir d'atteindre l'eau, mais Saladin com­prit leur objectif et les devança en se postant avec son armée sur le passage. Lui-même allait et venait le long des lignes musul­manes, encourageant et retenant ses troupes lorsque cela était nécessaire. L'armée dans son ensemble obéissait à ses ordres et respectait ses interdictions. L'un de ses jeunes mamelouks mena une terrible charge contre les Francs et accomplit de prodigieux hauts faits, avant d'être assailli par la foule des soldats et tué, au moment où tous les musulmans chargeaient les lignes ennemies et firent pratiquement une percée, massacrant de nombreux Francs. Le comte vit que la situation était désespérée et comprit qu'il ne pouvait plus contenir l'armée musulmane et, en accord avec ses compagnons, lança la charge contre les lignes qui étaient devant lui. Le commandant de cette section de l'armée musulmane était Taqi ad-Din Umar, le neveu de Saladin. Lorsqu'il vit que les Francs qui chargeaient ses lignes tentaient un dernier effort pour effectuer une percée, il envoya des ordres pour que l'on ménage un passage à travers les rangs.

 

« L'un des volontaires avait mis le feu à l'herbe sèche qui cou­vrait le sol; elle s'enflamma et le vent poussa la chaleur et la fumée vers l'ennemi. il leur fallait donc endurer la soif, la chaleur de l'été, celle de l'incendie, la fumée et la rage de la bataille. Lorsque le comte prit la fuite, les Francs perdirent courage et furent sur le point de se rendre; mais, voyant que la seule façon de sauver leur vie était de défier la mort. ils lancèrent une série de charges qui faillirent déloger les musulmans de leur position en dépit de leur grand nombre, si Dieu n'avait pas été à leurs côtés. Comme chaque vague d'attaquants reculait, ils laissaient leurs morts derrière eux; leurs effectifs diminuaient rapidement, tandis que les musulmans étaient autour d'eux comme un cercle autour de son diamètre. Les survivants francs se dirigèrent vers une colline près de Hattin, où ils espéraient planter leurs tentes et se défendre. ils subirent de féroces attaques venant de tous côtés et ne purent planter plus d'une tente, celle du roi. Les musulmans capturèrent leur grande croix, appelée la "Vraie Croix" dans laquelle - dit-on - se trouve un 'morceau de bois provenant de la croix sur laquelle, selon eux, le Messie fut crucifie (selon le docétisme, c'est l'apparence du Christ qui est crucifiée). Ce fut l'un des coups les plus rudes qui pouvaient leur être infligés, faisant de leur mort et de leur destruction une certitude. Un grand nombre de cavaliers et de fantassins furent tués ou capturés. Le roi restait sur la colline avec cinq cent des chevaliers les plus braves et les plus fameux.

 

«On m'a raconté que al-Malik al-Afdal, le fils de Saladin, aurait dit: "J'étais aux côtés de mon père Saladin durant cette bataille, la première que je visse de mes propres yeux. Le roi franc s'était replié sur la colline avec sa compagnie et, de là, il lança une charge furieuse contre les musulmans qui lui faisaient face, les forçant à se replier vers mon père. Je vis qu'il était inquiet et troublé, et il tirait sur sa barbe en avançant, s'écriant: "A bas le mensonge du Démon!" Les musulmans se retournèrent pour contre-attaquer et repoussèrent les Francs vers la colline. Lorsque je vis les Francs battre en retraite devant l'attaque musulmane, je criai de joie: "Nous les avons conquis!" Mais ils revinrent à la charge avec une ardeur égale et repoussèrent notre armée vers mon père. Sa réplique fut la même que précédemment, et les musulmans contre-attaquèrent et les repoussèrent jusqu'à la col­line. De nouveau, je m'écriai: "Nous les avons battus", mais mon père se tourna vers moi et me dit: "Tais-toi; nous ne les aurons pas battus tant que cette tente sera debout!" Tandis qu'il parlait, la tente tomba, et le sultan mit pied à terre, se prosterna et rendit grâces à Dieu, pleurant de joie. Voici comment la tente tomba : les Francs avaient terriblement souffert de la soif pendant cette charge qui, pensaient-ils, allait les sortir de leur détresse, mais l'issue était bouchée. Ils mirent pied à terre et s'assirent sur le sol ~. et tous les musulmans les assaillirent, tirèrent la tente du roi et les firent tous captifs, y compris le roi (ç.à.d. Guy de Lusignan), son frère, le prince Arnat de Karak (ç.à.d. Renaud de Châtillon) l'ennemi le plus haï de l'Islam. Ils prirent également le sou­~ verain de Jubail, le fils de Humphrey (de Toron), le Grand Maître des templiers (ç.à.d. Gérard de Ridfort), l'un des plus hauts dignitaires des Francs, et un groupe de templiers et d'hospitaliers. Le nombre de morts et de prisonniers était si élevé que ceux qui assistèrent au massacre ne purent croire que quiconque eût été pris vivant, tandis que ceux qui virent les prisonniers ne purent croire que quiconque eût été tué. Depuis l'époque de leur premier assaut contre la Palestine en 491 (1098) jusqu'à ce jour, les Francs n'avaient jamais essuyé une telle défaite. »

 

 

 

Lorsque tous les prisonniers eurent été capturés, Saladin alla à sa tente et envoya quérir le roi des Francs (Guy de Lusignan) et le prince Arnat de Karak (Renaud de Châtillon). Il fit asseoir le roi à ses côtés et, comme il était à demi-mort de soif, lui offrit de l'eau glacée. Le roi but, et tendit le reste au prince, qui but à son tour. Saladin dit : «Cet homme impie n'avait pas ma permission pour boire, et ce n'est pas ainsi qu'il sauvera sa vie. » Il se tourna ver le prince, lui jeta ses crimes à la face et énuméra ses méfaits (dont l'attaque de la Grande Caravane). Puis il se leva et, de sa propre main, trancha la tête de l'homme. « Par deux fois, dit-il, j'ai juré de tuer cet homme lorsque je l'aurai à ma merci ; une fois quand il tenté d'attaquer La Mecque et Médine, et une autre fois quand il a rompu la trêve pour capturer la caravane. » Lorsque le mort fût traîné hors de la tente, le roi se mit à trembler, mais Saladin le calma et le rassura. Quant au souverain de Tripoli, après avoir pris la fuite au cours du combat, comme nous l'avons décrit, il se rendit à Tyr et de là regagna Tripoli. Il y était depuis quelques jours seulement lorsqu'il mourut de rage et de fureur à cause du désastre qui venait de frapper les Francs en particulier et la chrétienté en général. »

 

 

 

Saladin assiège Tibériade et laisse un sauf conduit à la Comtesse et ses enfants, ainsi qu'il l'avait promis. Sur ordres du Sultan le roi et quelques prisonniers sont conduits à Damas, cependant que les Templiers et Hospitaliers étaient rassemblés pour être tués, ne voyant que personne ne paierait la rançon de cinquante dinars égyptiens. Deux cents prisonniers sont donc décapités car il représentaient également les plus farouches ennemis du peuple musulman (toujours suivant Ibn al Athir)

 

En septembre Saladin s'approche pour l'ultime fois de Jérusalem près du point névralgique de Bab'Amuda et de l'église de Sion. Seul Balian ibn Barzan (Balian d'Ibelin) arrive a obtenir un sauf conduit pour négocier avec Saladin, il expose la situation au sultan en ces termes : « Sache, ô sultan, que nous sommes fort nombreux en cette ville, Dieu seul sait combien nous sommes. En ce moment, nous ne combattons qu'avec peu de conviction, dans l'espoir de sauver nos vies, dans l'espoir que tu nous épargneras comme tu en as épargné d'autres ; c'est à cause de notre haine de la mort et de notre amour de la vie. Mais si nous voyons que la mort est inévitable, alors par Dieu, nous tuerons nos enfants et nos femmes, nous brûlerons nos biens, afin de ne pas vous laisser un seul dinar ni une seule drachme, ni un seul homme ou femme à réduire en esclavage. Lorsque nous aurons fait cela, nous détruirons le Sanctuaire du Rocher et le Masjid al Aqsa et les autres lieux saints, massacrant les prisonniers musulmans qui se trouvent entre nos mains – il sont 5000 – et nous abattrons tous les chevaux et les tous les animaux que nous possédons. Puis nous sortirons pour nous battre comme des hommes qui luttent pour leur vie, c'est à dire qu'avant de mourir, chaque homme tuera son prochain ; nous mourrons dans l'honneur, ou nous remporterons une noble victoire! » Saladin pris son conseil et tous furent d'avis de répondre favorablement à cette faveur. Une rançon est convenue de dix dinards pour les hommes, deux pour les enfants et cinq pour les femmes dans un délai de quarante jours. Balian ibn Barzan (Balian d'Ibelin) offre 30 000 dinards pour les pauvres; Jérusalem se rend le 2 octobre 1187 (vendredi 27 rajab) "

 

La même année le conflit entre dans sa phase décisive entre les Plantagenêts et les Capétiens, notamment au niveau du Vexin, Philippe Auguste voit enfin la naissance de son héritier tant attendue. Henry II Plantagenêt vieillit, la discorde et les complots sont ourdis de main de maître par le roi de France, Richard « Coeur de lion » choisira la IIIème croisade et consolidera la nouvelle capitale Saint Jean d'Acre, pour finalement perdre son royaume. L'échiquier du Moyen Orient sera bousculé peut après par les hordes mongoles rien ne subsitera des belligérants qui se sont perdus dans les combats des années de cette fin du XIIème siècle.

 


 Sources :  Somme de l'Histoire universelle - Ibn al Athir (1160- 1233) -  extra- its avec trad. Franç., dans R.H.C. Occ

autres parties :

Textes originaux :
- Guillaume de Tyr;

Etudes :
- Etat de l'armée Franque,
- Chevaux arabes
- Chevaux des armées franques.
- Etat de l'armée Musulmane.

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