Ce dimanche 22 mars 2026, les Parisiens sont appelés à trancher entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati pour le second tour des municipales. Le logement, thème central de la campagne, se résume souvent à des promesses creuses : plus de transparence, plus de logements, plus de justice. Pourtant, un tweet posté il y a quelques jours a rappelé une vérité gênante : à Paris, le logement social reste un privilège réservé à une élite discrète.

À Paris, obtenir un HLM relève du miracle… sauf si vous êtes journaliste, ministre ou copain du maire.
Le 18 mars, un internaute a balancé une bombe : « Des centaines de journalistes bénéficient d’un logement social de la Ville de Paris pour quelques centaines d’euros par mois. La liste est aussi secrète que celle des codes nucléaires. » Le message, vu près de 300 000 fois, a relancé un débat vieux de trente ans. Exagération ?
Dès 1995, Libération révélait l’existence de locataires « privilégiés » au sein de la RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris) et de Paris Habitat. Parmi eux, des journalistes, des ministres, des artistes, tous logés à des tarifs dérisoires dans des quartiers huppés. Jean-François Kahn, fondateur de L’Événement du jeudi, en était. Ghislaine Ottenheimer, ex-rédactrice en chef de Challenges, a même confirmé en 2011 sur le plateau du Petit Journal : « À l’époque, c’était facile d’obtenir un appartement sous Chirac. » Un système bien rodé : on attribue des logements intermédiaires (PLS) ou classiques, parfois transmissibles à vie, à ceux qui comptent. En échange, on s’assure leur bienveillance.
Aujourd’hui encore, les listes d’attribution restent jalousement gardées. Aucun contrôle, aucune transparence. Les Parisiens en attente depuis dix ans peuvent en témoigner : pendant qu’ils patientent, d’autres, mieux introduits, s’installent. Et quand Le Point ou Mediapart révèlent quelques noms, c’est toujours par accident.
Emmanuel Grégoire promet 60 000 nouveaux logements. Rachida Dati parle de rénovation massive. Mais aucun ne propose de lever le voile sur les 200 000 HLM existants. Pendant ce temps, Paris Habitat, premier bailleur social de France, est secoué par un scandale de surfacturation. Les travaux de rénovation auraient été gonflés de 50 %. Une plainte en diffamation a été déposée par Paris Habitat (le bailleur social de la Ville de Paris) contre Le Parisien. Preuve que l’opacité reste la règle.
Ce dimanche, les Parisiens ne choisissent pas seulement un maire. Ils décident aussi de l’avenir d’un parc immobilier public immense. Publier la liste des attributions des vingt dernières années ne déclencherait peut-être pas une révolution. Mais ce serait un début.
Car tant que cette liste restera secrète, le soupçon de clientélisme planera. Et les promesses de « plus de logements pour tous » continueront de sonner faux.
par Yoann
Source : Le Média en 4-4-2