"Un prédateur n'aura de but que de se nourrir, aussi ne vous laissera t il aucun répis, même si vous en espériez, et peu a peu vous serez réduit l'état de bête de somme ; accepter votre servitude ç'est lui laisser toute latitude sur vous, les votres, ce que vous possédez jusqu'a ce que vous soyiez anéantis dans un silence assourdissant, alors ne soyez plus les ouvriers de votre propre perte"
Henry.
-----------------------------------------------
"Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre."
La Boétie, extrait du Discours de la servitude volontaire
Pauvres gens misérables, peuples insensés, nations opiniâtres (1) à votre mal et aveugles à votre bien ! Vous vous laissez enlever sous vos yeux le plus beau et le plus clair de votre revenu, vous laissez piller vos champs, voler et dépouiller vos maisons des vieux meubles de vos ancêtres ! Vous vivez de telle sorte que rien n’est plus à vous.
Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu’on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tous ces dégâts, ces malheurs, cette ruine, ne vous viennent pas des ennemis, mais certes bien de l’ennemi, de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, de celui pour qui vous allez si courageusement à la guerre, et pour la grandeur duquel vous ne refusez pas de vous offrir vous-mêmes à la mort.
Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes.
Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ?
Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ?
Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi les vôtres ?
A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ?
Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence (2) avec vous ?
Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs (3) du larron (4)qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?
Vous semez vos champs pour qu’il les dévaste, vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries, vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure (5), vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises (6) et exécuteurs de ses vengeances. Vous vous usez à la peine afin qu’il puisse se mignarder(7) dans ses délices et se vautrer dans ses sales plaisirs. Vous vous affaiblissez afin qu’il soit plus fort, et qu’il vous tienne plus rudement la bride (8) plus courte. Et de tant d’indignités que les bêtes elles-mêmes ne supporteraient pas si elles les sentaient, vous pourriez vous délivrer si vous essayiez, même pas de vous délivrer, seulement de le vouloir.
Vocabulaire
1)opiniâtre : têtu, entêté, obstiné
2)Etre d'intelligence avec qqn : s'entendre avec qqn.
3)receleur : personne coupable d’un recel (=vol, fraude, infraction)
4)larron : voleur. Les « receleurs du larron » signifie les «voleurs du voleur ».
5)Luxure : recherche déréglée des plaisirs sexuels. Péché de la chair. Il fait partie des 7 péchés capitaux avec la gourmandise, l’avarice, l’envie, l’orgueil, la paresse, la colère.
Synonyme : lubricité/Antonyme : chasteté, pureté.
6)convoitise : désir de posséder une chose qui appartient à autrui, envie.
7)mignarder : qui se montre gracieux, joli, délicat.
8)Tenir la bride: le serrer de près, ne pas lui laisser la liberté de ses actions.