Observations préalables
Le texte est une copie du XVIIIᵉ siècle d’un acte médiéval perdu ou non conservé sous sa forme originale. Il faut donc distinguer :
-
le contenu juridique de l’acte, qui semble remonter à l’époque carolingienne ;
-
la fiabilité de la copie ;
-
l’interprétation historiographique de Lacvivier et d’Alart.
L’ouvrage moderne Catalunya carolíngia rappelle que la documentation de cette région provient souvent de copies anciennes, de regestes ou de traditions textuelles indirectes, et que la critique doit tenir compte des erreurs de transcription et des interpolations éventuelles.[publicacions.iec]
La date finale est : « sous le jour des XV calendes de juin, la cinquième année du règne du roi Louis, fils du roi Charles ». Cela correspond vraisemblablement au 18 mai 941, si Louis est Louis le Pieux, fils de Charlemagne. Cette identification doit toutefois être vérifiée sur l’original ou une édition critique, car la formule de datation transmise par la copie peut comporter une erreur.
Traduction française et analyse juridique du texte
« Au nom du Seigneur.
Moi, Ansemundus, et mon épouse Kixol, nous deux ensemble, sommes les vendeurs auprès de vous, Suniefred le clerc, Sentilles, Miron, Riculf, Suniarius, Olibane et Ranlo, femme, nos acheteurs.
Par le présent acte de vente, nous vous vendons tout notre alleu que nous possédons dans le comté de Roussillon, dans la villa appelée Roderad, également appelée Monte Schapri, ou dans ses limites et confins ; et dans la villa de Sant Feliu, ou dans ses limites et confins ; et à Riliano, ou dans son territoire ; et à Ripa Fracta, ou dans son territoire ; et dans le territoire de Monte Auriolo, ou dans ses dépendances ; et dans la vallée d’Agrevolaria, ou dans ses limites et confins ; et au lieu appelé les Îles, ou au Monte Nigro, ou dans leurs limites et confins ; ainsi que dans le territoire des villages situés dans le territoire du château de Camélas ; et dans le territoire de Vallespir, au lieu appelé Ulmos, ou dans ses limites et confins ; et au Monte Bodone, avec ses dépendances, ou dans ses villages, ou dans leurs limites et confins ; et dans le territoire de Bucago, au lieu appelé Campo Cerdana, ou dans ses limites et confins ; et au lieu appelé Uxas, le village appelé de Gairo ou de Gairardo, qui autrefois portait ces noms et qui est aujourd’hui appelé Gausago, avec ses limites et confins : le tout intégralement.
Et dans le comté de Cerdagne, au lieu appelé Navarando et Talltorta, le tout intégralement, avec toutes leurs limites et confins.
Et dans le comté de Besalú, au lieu appelé Biania, dans la villa appelée Cubile Secho, ou dans ses limites et confins ; et dans la villa appelée Bevida, ou dans ses limites et confins.
Dans tous les lieux indiqués ci-dessus, ou dans leurs limites et confins, nous vous vendons tout ce que nous y possédons actuellement et retenons, tout ce qui doit nous revenir par héritage, ainsi que tout ce que nous pourrions acquérir à l’avenir : maisons, bâtiments, dépendances, cours, clos, granges, jardins, terres, vignes, prés, pâturages, bois, garrigues, eaux et cours d’eau, moulins et installations de moulins, terres à lin, voies d’accès et de retour ; en somme, tout ce que nous y possédons ou retenons aujourd’hui, provenant de nos parents, acquis par achat ou par échange, et tout ce que nous pourrions acquérir par la suite, qu’il soit déjà recherché ou encore à acquérir, rural ou urbain.
Nous vous vendons le tout intégralement, avec ses accès et retours, ainsi qu’avec ses confronts et limites, à l’exception de ce que nous aurons donné aux saintes églises de Dieu.
Nous remettons également entre les mains de nos fils désignés ci-dessus — Suniefred le clerc, Sentilles, Miron, Riculf, Suniarius et Olibane — l’alleu de Sant Feliu, avec les églises qui y sont fondées sous le vocable de Sainte-Marie et de Saint-Michel, ainsi que l’alleu de Riliano et celui de Ripa Fracta, afin qu’à compter d’aujourd’hui ils en aient la pleine maîtrise.
Quant à cette femme appelée Ranlo, elle n’aura aucun pouvoir, ni droit de tenir, posséder, vendre, donner ou aliéner l’alleu de Sant Feliu, ni celui de Riliano, ni celui de Ripa Fracta.
Et nous, vendeurs, avons reçu de vous, acheteurs, le prix dont nous étions convenus dans notre arrangement, à savoir 500 sous d’or (solidus monnaie Byzantine) ; vous nous les avez remis, et nous, vendeurs, les avons reçus directement de nos mains. Il est manifeste qu’il ne reste auprès de vous, acheteurs, aucune partie de ce prix.
Tout ce qui est exposé ci-dessus, nous le transférons de notre droit sous votre pouvoir, selon la disposition suivante : tant que nous vivrons, nous le tiendrons, le posséderons et en percevrons les fruits pendant tous les jours de notre vie ; après notre décès, la pleine maîtrise en restera à vous, comme il est écrit ci-dessus.
Si l’un d’entre vous quitte ce monde sans laisser de fils ou de filles légitimes parvenus à l’âge légal, son héritage devra revenir aux frères désignés ci-dessus qui vivront à cette époque.
Si nous, vendeurs, ou n’importe quelle autre personne, venions à s’opposer au présent acte de vente pour l’annuler, nous devrons vous payer le double de la valeur que tous les biens ci-dessus auront atteinte à ce moment-là.
Désormais, personne ne pourra rompre le présent acte de vente, qui devra conserver sa pleine validité en toutes choses.
Fait l’acte de vente le 18 mai, la cinquième année du règne du roi Louis, fils du roi Charles.
Ansemundus. Signe de Kixol. Nous deux ensemble avons fait cette vente et avons prié les témoins de la confirmer.
Signés de Ramaricus, Bartolomeus, Vivendus, Ingilbertus, Frambertus, Albaricus et Baldericus.
Malangeicus, prêtre, qui ai écrit et souscrit cette vente, au jour et à l’année indiqués ci-dessus. »
Détail des biens
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Lieu mentionné |
Nature ou contenu indiqué |
|---|---|
|
Villa Roderad, aussi appelée Monte Schapri |
Alleux et dépendances non détaillés |
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Sancto Felice, probablement Sant Feliu |
Alleu comprenant notamment des églises |
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Riliano |
Alleu |
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Ripa Fracta |
Alleu |
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Monte Auriolo |
Biens situés dans le territoire et les dépendances |
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Vallée d’Agrevolaria |
Terres et dépendances |
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Les Îles |
Terres ou domaine localisé |
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Monte Nigro |
Terres et dépendances |
|
Villages situés dans le territoire du château de Camélas |
Biens dispersés dans plusieurs villages |
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Vallespir, lieu appelé Ulmos |
Terres et dépendances |
|
Monte Bodone |
Domaine avec membres, villages et dépendances |
|
Bucago, lieu appelé Campo Cerdana |
Terres et dépendances |
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Uxas, anciennement Gairo ou Gairardo, appelé alors Gausago |
Village et totalité de ses limites |
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Lieu mentionné |
Nature ou contenu indiqué |
|---|---|
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Navarando |
Domaine entier avec toutes ses limites |
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Talltorta |
Domaine entier avec toutes ses limites |
|
Lieu mentionné |
Nature ou contenu indiqué |
|---|---|
|
Biania, dans la villa appelée Cubile Secho |
Biens situés dans la villa et ses limites |
|
Bevida |
Biens situés dans la villa et ses limites |
La formule générale englobe pratiquement tous les éléments composant un patrimoine foncier médiéval :
-
maisons et bâtiments ;
-
dépendances et bâtiments agricoles ;
-
cours, clos et enclos ;
-
granges ;
-
jardins ;
-
terres labourables ou non cultivées ;
-
vignes ;
-
prés ;
-
pâturages ;
-
forêts ;
-
garrigues et terres incultes ;
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eaux et cours d’eau ;
-
moulins et installations hydrauliques ;
-
terres à lin ;
-
chemins, accès et voies de retour ;
-
biens ruraux et urbains ;
-
biens reçus des parents ;
-
biens acquis par achat ;
-
biens acquis par échange ;
-
biens encore à acquérir dans l’avenir.
Il ne s’agit donc pas d’une simple vente de parcelles isolées, mais d’une aliénation générale d’un ensemble patrimonial dispersé dans plusieurs comtés.
Localisations les mieux établies
Les correspondances les plus solides sont les suivantes :
-
Camélas → commune actuelle de Camélas ;
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Polig → hameau de Camélas ;
-
Vallicrosa / Vallcrosa → hameau de Camélas, aujourd’hui aussi appelé Bellecroze ;
-
Sant Feliu → probablement Saint-Féliu-d’Amont et/ou Saint-Féliu-d’Avall ;
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Rellà → ancien toponyme de la vallée de la Têt, probablement secteur d’Ille-sur-Têt ;
-
Oms → commune actuelle d’Oms ;
-
Montboló → commune actuelle de Montbolo ;
-
Talltorta → village de Cerdagne ;
-
Montescot → commune actuelle de Montescot.
Camélas comprend aujourd’hui notamment les noyaux de Camélas, Polig et Vallicrosa, ce qui est particulièrement intéressant pour votre dossier : plusieurs noms de la liste peuvent appartenir à un même ensemble territorial médiéval plutôt qu’à des propriétés totalement indépendantes.
Analyse juridique
Le terme alode ou alleu désigne un bien détenu en pleine propriété, par opposition à un bien tenu d’un seigneur moyennant obligations féodales. Il faut toutefois rester prudent : dans la pratique carolingienne, le mot peut couvrir un patrimoine complexe, comprenant des terres, des droits d’usage, des bâtiments et parfois des droits sur des dépendants.
L’acte porte sur « tout notre alleu », ce qui manifeste une volonté de transférer non seulement certaines terres, mais l’ensemble des droits patrimoniaux d’Ansemundus et de Kixol dans les lieux énumérés.
Les acheteurs sont au nombre de six hommes et d’une femme, mais le texte identifie ensuite les six hommes comme les « fils » des vendeurs :
-
Suniefred, clerc ;
-
Sentilles ;
-
Miron ;
-
Riculf ;
-
Suniarius ;
-
Olibane.
Le passage relatif à Ranlo est particulièrement important. Ranlo apparaît parmi les acheteurs dans l’intitulé initial, mais l’acte lui refuse ensuite tout pouvoir sur trois ensembles de biens : Sant Feliu, Riliano et Ripa Fracta.
Cela explique la divergence signalée entre Lacvivier et Alart :
-
Lacvivier a compris l’acte comme une vente à l’évêque Wadalde ;
-
Alart a estimé qu’il s’agissait d’une vente par les parents au profit de leurs enfants.
À la lecture du texte fourni, la seconde interprétation paraît plus cohérente, car les bénéficiaires sont explicitement appelés les fils des vendeurs. En revanche, l’acte pourrait avoir été intégré ultérieurement au patrimoine épiscopal, ou l’un des acheteurs pourrait avoir été l’évêque ou un représentant de l’Église dans une tradition documentaire différente. Cette question ne peut être définitivement tranchée sans comparer la copie avec le regeste complet, les variantes et les actes connexes.
Le texte distingue deux opérations :
-
une vente générale à plusieurs acheteurs ;
-
une remise particulière de certains alleux entre les mains des fils.
Les biens expressément attribués aux fils sont :
-
l’alleu de Sant Feliu ;
-
les églises de Sainte-Marie et de Saint-Michel qui y sont fondées ;
-
l’alleu de Riliano ;
-
l’alleu de Ripa Fracta.
Cette clause semble conférer aux fils une position plus forte sur ces biens que sur les autres éléments du patrimoine. Il pourrait s’agir d’une libéralité familiale, d’un partage anticipé ou d’une réserve successorale organisée par les parents.
Ansemundus et Kixol transfèrent la propriété, mais se réservent la possession et les fruits jusqu’à leur décès :
« tant que nous vivrons, nous le tiendrons, le posséderons et en percevrons les fruits ».
En termes modernes, cette clause ressemble à une réserve d’usufruit viager, même si l’on ne doit pas appliquer mécaniquement les catégories du Code civil contemporain à un acte carolingien.
Les vendeurs conservent donc :
-
la détention matérielle ;
-
l’exploitation des biens ;
-
la perception des récoltes et revenus ;
-
la jouissance économique pendant leur vie.
Les acheteurs obtiennent une propriété différée ou une maîtrise consolidée au décès des vendeurs.
L’acte prévoit que, si un acheteur meurt sans laisser de fils ou de filles légitimes parvenus à l’âge requis, sa part revient à ses frères survivants.
Cette clause a plusieurs conséquences :
-
elle limite la libre transmission de la part de l’acheteur ;
-
elle organise une forme de retour familial ;
-
elle privilégie la conservation du patrimoine dans le groupe des frères ;
-
elle exclut, ou du moins ne mentionne pas, d’autres héritiers possibles, notamment le conjoint ou des descendants mineurs.
La clause ne constitue pas nécessairement une règle générale de succession : elle est une stipulation particulière attachée à l’opération patrimoniale.
Ranlo est privée du droit :
-
de tenir ;
-
de posséder ;
-
de vendre ;
-
de donner ;
-
d’aliéner.
La portée de cette exclusion est considérable. Elle indique soit :
-
qu’elle n’est pas propriétaire des trois alleux concernés ;
-
qu’elle est une cohéritière dont les droits sont volontairement écartés ;
-
qu’une clause familiale ou matrimoniale lui interdit d’intervenir ;
-
ou que le texte a été réorganisé afin de préserver les biens au profit des héritiers masculins.
Il serait imprudent de conclure automatiquement à une incapacité juridique générale des femmes. Le document établit seulement une restriction relative à trois patrimoines précis. Ranlo est en outre désignée comme femina, tandis que les hommes sont ensuite désignés comme filii, ce qui peut refléter une hiérarchie familiale, successorale ou patrimoniale.
Le prix est fixé à 500 sous . La formule affirme :
-
que le prix a été convenu ;
-
qu’il a été effectivement payé ;
-
que les vendeurs l’ont reçu de leurs mains ;
-
qu’aucun solde ne subsiste.
Il s’agit d’une clause de quittance complète, destinée à empêcher une contestation ultérieure fondée sur un prix impayé.
-
le pouvoir d’achat local ;
-
la valeur réelle des terres, églises, moulins et droits inclus.
La somme est cependant très élevée en comparaison d’une vente rurale ordinaire, ce qui peut indiquer l’importance exceptionnelle du patrimoine ou une formulation conventionnelle.
L’acte inclut l’alleu de Sant Feliu et deux églises, Sainte-Marie et Saint-Michel. Cela ne signifie pas nécessairement que les édifices cultuels eux-mêmes sont vendus comme des biens ordinaires.
La formule peut viser :
-
les droits patrimoniaux attachés aux églises ;
-
les terres dépendant des églises ;
-
les droits de fondation ou de patronage ;
-
les revenus et dîmes ;
-
le contrôle matériel des biens ecclésiastiques.
La clause finale exclut toutefois ce que les vendeurs auraient déjà donné aux « saintes églises de Dieu ». Cette réserve montre que les donations pieuses antérieures sont censées demeurer hors de la vente.
La clause pénale prévoit que celui qui tenterait de rompre la vente devra payer le double de la valeur des biens telle qu’elle aura augmenté au moment de la contestation.
C’est une garantie classique de stabilité de l’acte :
-
elle vise les vendeurs ;
-
elle vise leurs héritiers ou ayants droit ;
-
elle vise aussi tout tiers qui contesterait la transaction ;
-
elle protège les acheteurs contre une éviction ou une revendication.
Le calcul porte non seulement sur le prix initial, mais sur la valeur améliorée ou augmentée des biens. Cette disposition renforce considérablement la protection des acquéreurs.
Portée historique et limites
L’acte révèle un patrimoine foncier extrêmement dispersé, réparti entre le Roussillon, la Cerdagne et le comté de Besalú. Il montre aussi que la propriété médiévale pouvait être organisée comme un ensemble de droits portant simultanément sur des terres, des villages, des églises, des moulins, des pâturages, des eaux et des voies d’accès.
En l’état, l’interprétation la plus prudente est celle d’un acte de vente patrimoniale familiale, conclu par Ansemundus et Kixol, avec paiement comptant de 500 sous, réserve de jouissance viagère, attribution privilégiée de plusieurs alleux aux fils, exclusion de Ranlo de certains biens et clause de retour entre frères. La mention de l’évêque Wadalde dans le regeste de Lacvivier doit être traitée comme une indication documentaire à vérifier, non comme une conséquence certaine du texte latin transmis.
NOTES SUR LES LIEUX :
- Sant Feliu → probablement Saint-Féliu-d’Amont et/ou Saint-Féliu-d’Avall
Un acte royal de 899, concernant l'évêché d'Elne, énumère dans le comté du Roussillon :
Tordarias, avec l'église Saint-Martin ;
la terre Sancti Petri ;
Ulmis ;
Lauresono ;
Palatiolo ;
des possessions dans le territoire d'Elne ;
Peciliano, avec les églises Sancti Saturnini et Sancti Felicis ;
Verneto, avec Saint-Christophe ;
Codincus ;
Tezano ;
les villae d'Anglares et Salellas ;
Lotas ;
Frontotedeso / Centernaco.
Cet acte est particulièrement important pour votre recherche car Peciliano (Pézilla-la-Rivière) et son église Sancti Felicis sont attestés dès 899.
Pézilla-la-Rivière PECILIANO
Si le texte comporte :
Peciliano
Sancti Saturnini
Sancti Felicis
Elne
Tordarias
Lotas
alors il s'agit très probablement de Pézilla-la-Rivière. L'acte de 899 est explicite et nous avons également Lotas qui réapparait dans l’acte de 941.
Le document de 899 est peut-être exactement ce qu'il faut comparer avec le dossier Roderadi.
Il s'agit d'un acte de Charles III le Simple confirmant les biens d'Esteve et Anna, à la demande de l'archevêque de Narbonne Arnust. Dans le Roussillon, il énumère toute une série de possessions, dont Peciliano avec Sancti Saturnini et Sancti Felicis, mais aussi Lotas, Tordarias, Ulmis, Lauresono, etc.
Dans l’acte de 941 Les trois domaines sont donc juridiquement traités ensemble :
Sancto Felice
Riliano
Ripa fracta
Ils semblent avoir un statut successoral commun.
898/903 — le Sancti Felicis de Peciliano : celui-ci est beaucoup plus proche de votre dossier
Ici, nous avons un acte extrêmement précis.
Le comte Radulf et Ridlindis donnent à La Grasse la villa Peciliano avec le villariunculum de Fonte Tentenata.
Le texte donne :
ipsum alode ... cum ipsas ecclesias qui ibidem sunt fundatas in honore Sancti Saturnini & Sancti Felicis
et surtout :
in termino de villa Sancti Felicis
Le même passage décrit le secteur du castellare, dont le terme touche :
termino Corneliano
termino de Millares
termino de villa Sancti Felicis.
899 — le grand précepte de Charles III
Le 14 juin 899, Charles le Simple confirme les biens d'Étienne et Anna.
Dans le comté de Roussillon, il énumère :
villa Peciliano cum suis villaribus, finibus et adjacentiis, et ecclesia Sancti Saturnini et Sancti Felicis
puis, séparément :
villare quod dicitur Lotas, cum omni integritate
Donc 899 donne exactement la combinaison repérée :
Peciliano
avec :
Saint-Saturnin
Saint-Félix
et ailleurs :
Lotas
- RILIANO est a rapprocher de Rellà dans la zone de Camélas/Thuir (Une étude archéologique confirme que le lieu nommé Rilianum est attesté dès 941 et qu'il correspond à l'ancien habitat du secteur de Reilla, entre Millas et Thuir.)
- RIPA FRACTA L'occurrence de 941 est :
ipsum alode de Riliano sive de Ripa Fracta
a rapprocher de l'ancien site de Sant Martí de la Riba, situé sur la commune actuelle
et les recherches toponymiques l'identifient à un site de Sant Feliu d'Avall, sur la Têt.
Le nom actuel Saint-Féliu-d'Avall est bien dans la plaine de la Têt, à proximité immédiate de Corneilla-la-Rivière, Pézilla-la-Rivière (PECILIANO), Millas, Camélas et Thuir qui constitue un véritable ensemble géographique de la vallée de la Têt.
Le rédacteur de l’acte de 941 parcourt effectivement les possessions d'Ansemundus et Kixol selon un ordre territorial, la séquence :
Roderadi / Monte Schapri → Sancto Felice → Riliano → Ripa Fracta
donc un parcours géographique.
L'Encyclopèdia Catalana identifie le site de Sant Martí de la Riba, à environ 500 m à l'est du village de Saint-Féliu-d'Avall, avec le lieu appelé Ripa Fracta, mentionné en 941.
Cette identification est fondée sur une mention postérieure :
Sant Martí de Riba de Fratxia
Plusieurs repères sont désormais localisables :
Rilianum → Pla-de-Reilla
Chamelas → Camélas
Monte Nigro → Saint-Michel-de-Llotes / Montner selon les occurrences
Millares → Millas
Peciliano → Pézilla la Rivière
Corneliano → Corneilla-la-Rivière.
Le diplôme de Charles III du 14 juin 899 confirme à Stephanus et Anna leurs possessions en alleu.
Dans le Roussillon, on trouve notamment :
villa Peciliano cum ecclesia Sancti Saturnini et Sancti Felicis
et plus loin :
villare ... Lotas
Le même diplôme contient également un Monte Auriolo, mais celui-ci est placé dans l'énumération des biens du pagus de Narbonne, tandis que le Peciliano + Sancti Felicis + Lotas appartient au bloc roussillonnais.
ACTE DE 915-920 SUR PECILIANO
Une donation de Ridlindis, veuve du comte Radulf, à La Grasse, datée 915–920, confirme la donation antérieure de Peciliano.
Le résumé du corpus donne :
Ridlindis, relicta del comte Rodulphi, confirma ... donació de la vila de Peciliano ... feta disset anys abans per ella i el seu marit...
Et l'étude prosopographique précise quelque chose de beaucoup plus important :
Peciliano avait appartenu à Anna, mère d'Aton.
acte Artem/TELMA n° 3782, daté précisément du 24 juin 915. Ridlindis, veuve de Raoul/Radulf, comte de Roussillon, et son fils Oliba y renouvellent/confirment la donation antérieure de Pézilla (Peciliano) et de Fons Tentenata à l’abbaye de La Grasse. L'acte est conservé aux Archives départementales de l’Aude, H 23 n° 6.
- MONTE AURIOLO
L'acte de 927 donne :où Aton (Ato), fils de Stephanus et d’Anna, vend à l’évêque d’Elne des biens comprenant notamment la moitié de la villa Bericani, ainsi que des alleux à Monte Auriolo et Felinas.
Aton, filius Stephano et filius Annane
Donc :
Stephanus + Anna
↓
Aton
est explicitement attesté.
L'acte concerne notamment :
la moitié de Bericani / Villebersas
des alleux à Monte Auriolo
Felinas / Félines-Minervois.
C'est une deuxième branche patrimoniale :
Stephanus + Anna → Aton → Monte Auriolo
et cela est particulièrement intéressant parce que Monte Auriolo réapparaît dans votre acte de 941.
Ggallica.bnf.frGallica – Histoire générale de Languedoc, tome V
Ccathalaunia.orgCathalaunia – base Documentia
Monte Auriolo apparaît dans l’acte d’Ansemund et Quixol et donc suggère que la villa est en moitié en 941 et qu’elle provenait de l’héritage d’Etienne et Anna cité en 899.
La documentation toponymique montre :
un Monte Auriolo attesté en 899 ;
un Monte Auriolo attesté en 941–942 dans le secteur des Insulas / Queixàs / Saint-Michel-de-Llotes
899
Stephanus + Anna
→ Monte Auriolo dans leur patrimoine.
927
Aton, fils de Stephanus et Anna
→ alleux à Monte Auriolo.
941
Ansemundus + Kixol
→ Monte Auriolo dans le même grand ensemble que Roderadi / Monte Schapri, Sancto Felice, Rilianum, Ripa Fracta, Chamelas.
- LLOTAS
il existe une attestation de 898
Le document de 898 donne :
in villa Insula, cum Lotas
et l'onomastique de l'IEC identifie cette série :
898 : in villa Insula, cum Lotas
899 : villare Lotas
941 : locum ubi vocant Lotas
950 : valle Lotas
951 : locum vocitante Lotas.
L'IEC identifie cet ensemble au futur Saint-Michel-de-Llotes, dans le Roussillon.
Dans l'édition de la Catalunya Carolíngia un acte de 951 particulièrement intéressant.
Il concerne une permutation entre Sunifred II, comte de Cerdagne-Conflent, et La Grasse.
Le texte dit que Sintille (fils d’Ansemund acte de 941) et Adalai donnent leurs alleux :
in comitatu Rusolionense, in villa quam dicunt Petiliano et in villa quam nuncupant Comeliano...
et qu'en échange l'abbé donne notamment :
in loco quem dicunt Lotas vel Monte Auriolo,
des alleux appartenant à Sunifred comte, à Ulibano, Rigardane et de Spolii.
Nous avons explicitement :
Lotas = Monte Auriolo
en 951.
Or nous avions déjà établi que le Monte Auriolo du dossier roussillonnais de 941 se trouve probablement dans le secteur Illes–Llotes–Saint-Michel-de-Llotes.
L'IEC explique précisément que l'acte de 941 associe Lotas et ipsas Insulas, et que ipsas Insulas renvoie au secteur de Montoriol de les Illes. Le rapprochement avec Saint-Michel-de-Llotes est fondé sur la proximité géographique : Saint-Michel-de-Llotes se trouve environ trois kilomètres en aval de Camélas.
Le site local de Saint-Michel-de-Llotes rapporte justement une tradition selon laquelle Ansemund de Camélas aurait disposé au Xe siècle de biens à Lotas hérités de ses parents Esteve et Anna.
L'identification à Saint-Michel-de-Llotes est aujourd'hui très solide. L'IEC donne la série suivante :
898 : in villa Insula, cum Lotas
899 : villare Lotas
941 : locum ubi vocant Lotas
950 : valle Lotas
951 : locum vocitante Lotas
1008 : ad ipsas Lotas
1011 : Lotas
1054 : Lotes.
L'IEC explique en outre que le Lotas de 941 est associé à ipsas Insulas et que Saint-Michel-de-Llotes se trouve environ 3 km en aval de Camélas : l'explication toponymique est que les « îles » d'amont ont donné les « petites îles » (llotes) d'aval.
ACTE ORIGINEL POUR LLOTAS : 23/24 juin 898, diplôme de Charles III pour Theodosius.
Le texte donne, dans le comté de Roussillon, pagus d'Elne :
in villa Insula, cum Lotas et Laurigano, omnia quicquid ibi ad nostrum fiscum pertinere videtur.
Donc :
Insula + Lotas + Laurigano
font partie d'un même ensemble fiscal royal.
1008 — Lotas passe dans la famille vicomtale
L'Encyclopèdia Catalana signale ensuite un acte du 16 mars 1008 :
Pere I, premier vicomte de Fenollet, dispose en faveur d'Oda de son alleu :
ad ipsas Lotas
qui lui venait :
de ses parents,
avec également sa part d'héritage à Illa.
Nous avons donc :
898 fisc royal à Insula + Lotas
↓
899 Stephanus + Anna
↓
941 Ansemundus + Kixol
↓
1008 Pere I de Fenollet
↓
Oda
Mais le dernier maillon est particulièrement intéressant parce qu'Ansemundus est présenté comme grand-père de Pere I dans la tradition historique de Saint-Michel-de-Llotes et qui est vérifié dans les documents.
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