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19 octobre 2023 4 19 /10 /octobre /2023 17:48

C'est à la 48ème minute que commence la description de l'ascension des Rothschild au XIXème siècle, mais on y voit également, les banques européennes et ressortir souvent le nom de John Pierpont Morgan ou JP Morgan que l'on retrouvera notamment dans l'affaire du Titanic, mais également la JP Morgan (société) dans le crash de 1929.

C'est une des bases de compréhension du capitalisme originel et actuel, son fonctionnement intrinsèque, que l'on voit se proroger dans des gens tels que Bill Gates par exemple ou Larry Fink de Black Rock.

En quelques décennies, le capitalisme naissant se dissimule derrière des actionnariats moins voyants laissant toute latitude aux Conseils d'Administration dans le cas de majorité d'actions, mais il existe aussi les prêtes noms (personnes reconnues agissant pour le compte d'un tiers dans un Conseil d'Administration moyennant rémunération)

Et ç'est ainsi que la pieuvre, ou les pieuvres peuvent multiplier leurs bras, sans apparaître aucunement.

Pour ce qui concerne Rothschild les journaux d'époques, font l'apologie du Banquier et y ajoute un caractère méssianique, parlant même d'un troisième temple de Jérusalem ; nous sommes dans les années avant 1850 bien avant l'installation des juifs en Israël et ç'est ce qui résonne dans l'actualité du jours avec une étonnante prémonition auto réalisée ou programmée ?????

 

Henry

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14 octobre 2023 6 14 /10 /octobre /2023 17:02

Vidéo curieuse mais a écouter attentivement, les renseignements fournis sont bien exacts sur l'ensemble, les liens ou hypothèses sont plus difficiles a étayer. C'est à voir absolument !

J'ai surtout ri quand Bruno Le Maire se présente à New York, "La France est de retour.... Macron est Jupiter (rires dans la salle) et je suis Hermès " ; surtout quand on connait sa littérature et sa passion du fondement "dilaté comme jamais"!

D'Hermès on passe à satyre d'un coup ça la fout mal pour Zupiter ; quoique de ce côté là aussi !

Bienvenue au pays des timbrés !

 

Henry

 

Site Jésuite d'éducation : https://www.educationjesuite.info/

 

Sur ce même site : les jésuites et le nouvel Ordre Mondial : tout est dit ! https://www.educationjesuite.info/les-jesuites-sont-ils-les-principaux-artisans-du-nouvel-ordre-mondial/

 

 

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1 octobre 2023 7 01 /10 /octobre /2023 18:29

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21 septembre 2023 4 21 /09 /septembre /2023 11:01
Devoir de mémoire
 

 

BIG BROTHER c'est maintenant !

L' UE, le WEF, Macron, tous souhaitent des lois de transparence numérique pour imposer un contrôle en ligne des populations.

Pour notre plus grand bien, évidemment. pic.twitter.com/wHZJnEslG5

— Alexis Poulin (@Poulin2012) September 19, 2023

 

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C'est un texte très important pour comprendre ce mépris des élites pour les castes inférieures, cette façon de pensée est typique du Darwinisme social, ç'est à dire que la sélection de 'évolution est le résultat des races les plus combatives et dominatrices , cette philosophie ç'est le Darwinisme appliqué à l'économique libérale Victorienne, puis prolongé dans les théories racialistes nazis.

Actuellement ç'est un mélange des deux, un fascisme économique et politique allié à l'intention de créer une super élite (eugénisme) via l'Intelligence Artificielle incorporée dans l'homme.

Mais comme le dit l'apôtre de cette théorie Laurent Alexandre ( qui entre nous soit dit est le conseillé de Jordan Bardella ; quelle pitié) durant son discours devant les élèves de polytechnique déclare sans vergogne : "vous serez des dieux" et les autres "des  pièces interchangeables" car ne croyez pas que vous, moi, simple quidam nous ayons les moyens de nous faire améliorer pour accéder à des postes importants.

C'est ainsi une conclusion habile des classes dirigeantes qui depuis plus de deux siècles essaient de s'assurer avec leur descendance une hégémonie sociétale qui ne sera plus due à l'intelligence, mais à une modification une amélioration, donc fondamentalement  une tromperie, une escroquerie sans nom.

Voyez donc bien ou l'on vous mène et ce que l'on veut vous faire acquiescer ; ne soyez pas dupe. Il y aura très très peu d'élus au sommet, certains acceptés et cooptés pour leur docilité, postés dans les classes administratives intermédiares et une masse d'esclaves taillable et corvéable à merci

Voilà donc le tournant décisif : soit vous acceptez la servitude ou vous la refusez pour vous et pour vos enfants

 

Henry

 

 

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Darwinisme social et eugénisme anglo-saxons
 

 

 

On appellera empiriquement darwinisme social toute théorie ou élément de théorie qui maintient que les lois sociales constituent un prolongement de la nature, que l’une des lois les plus importantes de la nature est la lutte pour la vie menant à la survivance du plus apte, que cette loi s’applique à la lutte entre individus ou à la lutte entre groupes. La plupart du temps, le « darwinisme social », tel qu’on l’entend communément, maintient qu’il faut veiller à ce que cette loi s’exerce dans des conditions naturelles qui ne soient pas faussées par la société. Cette définition, comme toute autre, peut néanmoins prêter à polémique, dans la mesure où le « darwinisme social » est un terme que personne n’a jamais revendiqué pour ses propres thèses et qui a été prêté à des adversaires, réels ou imaginaires, par des critiques, lesdits adversaires n’admettant pas que leur pensée puisse être rangée dans cette catégorie [2][2]Voir l’article de D. Becquemont, « Aspects du darwinisme social….

 

On distingue néanmoins aisément un darwinisme social individualiste, mettant l’accent sur la compétition entre individus à l’intérieur d’un même groupe, sur le modèle de la lutte entre individus d’une même espèce dans l’œuvre de Darwin. Ce « darwinisme social » de premier type se résume en fait à ce qu’on appellerait aujourd’hui une forme extrême d’ultra-libéralisme, hostile à toute intervention de l’État dans la vie sociale au nom d’un laisser-faire des lois de la nature. Historiquement, il fut formulé par le philosophe anglais Herbert Spencer [3][3]Voir D. Becquemont et L. Mucchielli, Le Cas Spencer, Paris,…, avant même la publication de L’origine des Espèces de Charles Darwin. Jamais ce dernier, même s’il insista dans des écrits plus tardifs sur la nécessité d’une certaine compétition, n’adhéra à une telle théorie, rejetant même vigoureusement l’idée d’une suppression de l’aide sociale et médicale aux êtres considérés comme les perdants dans la lutte pour la vie. Si la philosophie de Spencer fut appelée « darwinisme », ceci résulte d’un malentendu historique résidant dans l’ambiguïté du terme « évolution [4][4]Voir l’article de D. Becquemont, « Développement », in… » – terme qui fut popularisé par Spencer et non par Darwin – et de l’acceptation par Darwin du terme « survivance du plus apte » comme synonyme de « sélection naturelle [5][5]Voir l’article de D. Becquemont, « Darwinisme social », in… ». Cette forme de darwinisme social individualiste de type spencérien reçut son appellation en France en 1880 [6][6]Dans La Critique du darwinisme social d’Émile Gautier, Paris,…, et fut longtemps appelée dans le monde anglo-saxon « sociologie darwinienne ». Proche du libéralisme économique, voire du libertarisme, elle fut souvent très hostile à l’impérialisme et à toute intervention guerrière de l’État, ainsi qu’à toute mesure eugénique.

Certains, enfin, considèrent que l’eugénisme est une branche du darwinisme social, voire la branche principale, thèse que nous ne critiquerons pas ici, nous bornant à indiquer les points de contact possibles entre « darwinisme social » et « eugénisme ».

On pourra, pour illustrer la complexité des problèmes de définition, mentionner une réunion de la Société Américaine de Sociologie [7][7]American Journal of Sociology, n° 12, 1907. en 1907. Un certain John Collier, qui, dans un article précédent, avait récusé l’idée que la lutte entre races pût être considérée comme une forme de darwinisme, fit un exposé sur ce qu’il appela « biologie sociale » ou « darwinisme social » : il consistait en un plaidoyer en faveur de mesures eugéniques. Après l’exposé de Collier, le sociologue américain Lester Ward – qui accordait une certaine importance à la lutte entre races – prit la parole, précisant qu’il avait préparé des notes sur le darwinisme social tel qu’il avait été défini et critiqué par le philosophe franco-russe Jacques Novicow dans un précédent congrès, c’est-à-dire la « lutte entre races ». Ward était d’autant plus irrité que Novicow l’avait qualifié de « darwinien social », alors qu’il avait lui-même consacré beaucoup de temps et d’écrits à réfuter le darwinisme social de Spencer, qu’il appelait « darwinisme conservateur », et qu’il n’admettait pas d’être rangé dans la même catégorie que Spencer et ses disciples.

Il en profita pour préciser que, jusque-là, le terme de « darwinisme social » avait été utilisé en deux sens différents, soit celui d’une légitimation des lois économiques de la compétition entre individus conformément à la loi naturelle de la survivance du plus apte, soit celui de la sociologie de la lutte. Il ajouta que c’était la première fois qu’il entendait définir l’eugénisme comme « darwinisme social », sens qui lui paraissait tout à fait erroné. Le darwinisme social de Spencer et la sociologie de la lutte étaient fondés sur des analogies entre lois de nature, lois sociales, et lois de l’économie politique. L’eugénisme avait pour présupposé, non des analogies, mais une réduction complète du social au biologique, et ne se basait pas sur la loi de survivance du plus apte au cours de l’histoire.

La lutte des races ou sociologie de la lutte

Si l’on suit à la lettre la métaphore darwinienne, la « lutte pour la vie » pouvait aussi être considérée comme lutte entre espèces, encore que Darwin ait toujours considéré la lutte entre individus d’une même espèce comme plus importante que la lutte entre espèces. Il était donc possible, par analogie, de considérer la lutte entre groupes humains comme une loi de nature. Ce type de raisonnement, qui ne pouvait guère s’appuyer sur le moindre texte de Darwin, fut néanmoins extrêmement populaire pendant près d’un siècle, de 1860 à 1940 au moins. Mais, plus qu’un un appel belliqueux à la lutte entre races à l’époque contemporaine, ces théories voyaient plutôt la lutte entre races s’exercer en sa plus grande intensité aux origines de l’humanité, et s’atténuer avec les progrès de la civilisation, l’assimilation de la race vaincue à la race victorieuse, l’élargissement constant des groupes humains. Ces théories eurent une certaine popularité en Grande-Bretagne, où elles servirent de justification aux institutions britanniques, appelées à s’étendre à l’ensemble du monde, ainsi qu’à un certain colonialisme se voulant plus pacifique que belliqueux. Aux États-Unis, outre la justification de l’occupation d’un immense territoire par victoire sur des peuples « inférieurs », elle renforça l’idée d’une « destinée manifeste » du peuple américain.

Cette théorie s’exprime au mieux dans les dernières œuvres du sociologue américain Lester Ward [8][8]Lester Ward, qui fait de la lutte des races le moteur de…. S’appuyant alors sur les thèses du sociologue autrichien Gumplowicz [9][9]Là où Ward parle de synergie, Gumplowicz parle de « syngénie »,…, Ward renonça à voir dans le progrès de l’humanité un développement des instincts sociaux, mais soutint que les conflits raciaux étaient à l’origine de l’État, la victoire du ou des groupes dominants entraînant une « synergie » entre peuples. Le « sauvage » primitif n’était pas un animal social, et la guerre était une nécessité sociale : la société progressait par amalgamation et assimilation de groupes en guerre, de nouvelles races « synergiques » naissant de ces luttes ; le principe biologique résidait dans la survivance du plus fort, le principe sociologique était la synergie entre groupes. C’est ainsi que de nombreuses races avaient été absorbées, que d’autres avaient disparu. Chaque race était le résultat d’assimilations complexes : de nos jours encore, de nouvelles races se constituaient en Australie ou en Afrique. Les guerres raciales avaient donc permis le développement du patriotisme, celui des premiers États, la protection de la propriété. L’humanité passait graduellement de la vie en petits groupes isolés à la vie « anarchique » (plusieurs groupes en contact et en guerre perpétuelle), à l’âge « politarchique », où existaient déjà des formes rudimentaires, et enfin l’âge « pantarchique » ou cosmopolite, où régnaient des sentiments humanistes universels et où s’abolissait la lutte entre races. L’on passait, au cours de ces âges, du cannibalisme (sauvagerie) à l’esclavagisme (barbarie), au servage (rudiments de civilisation), au salariat (capitalisme), à la conscience d’une solidarité (marché mondial, capitalisme ou socialisme d’État) : la liberté politique, la propriété, la démocratie, s’acquéraient par synergie croissante. Plus que de lois de nature, il s’agissait ici de lois sociales : alors que, dans la nature, l’environnement transformait les êtres vivants, dans la société, l’homme transformait son environnement. Le progrès de l’humanité, grâce à ce moteur qui s’autodétruisait avec les progrès syngéniques, était le passage d’une économie de la douleur à une économie du plaisir. Ward critiquait alors Spencer pour ne pas avoir poursuivi assez loin ses analogies : logiquement il aurait dû renoncer à son idée de compétition entre individus, qui n’était admissible qu’à un degré inférieur d’intégration sociale. La lutte pour la vie était le moteur de l’Histoire, mais, lorsque des formes supérieures d’intégration étaient à l’œuvre, elle devenait inutile, voire pernicieuse.

La théorie de Ward n’est que l’une parmi bien d’autres, nombreuses, qui voyaient aux origines de la société un sauvage belliqueux et considéraient que la guerre avait été un facteur de progrès, mais qui ne prônaient nullement, pour le présent, une lutte entre groupes humains.

De la lutte entre races au racisme essentialiste

Mais ce darwinisme social désigné souvent sous le terme de « sociologie de la lutte » s’accompagnait parfois, et de plus en plus dans le contexte historique qui devait mener à la guerre de 1914, sur l’idée que la loi du plus fort était une règle de justice autant qu’une loi de civilisation, et que la « lutte pour la vie » devait se poursuivre de nos jours. On a souvent mentionné les proclamations de certains militaires allemands comme une forme de ce « darwinisme social », voyant dans la lutte pour la vie une loi qu’aucune forme de civilisation n’atténuait. Dans le monde anglo-saxon, on mentionnera toutes les formes de manifestation de supériorité raciale, en ce dernier quart du xixe siècle, d’apologie de l’impérialisme, et de la domination des peuples colonisés sur les « sauvages ». Aux États-Unis, l’idée d’une « destinée manifeste » du peuple américain, dérivée de la notion religieuse de peuple élu par l’Histoire, destinée qui appelait les États-Unis à civiliser les races inférieures de son territoire et à servir d’exemple à toutes les nations par la perfection de ses institutions, débouchait aisément sur la supériorité de la race « nordique » sur les autres. Il était aisé de passer de la loi du plus fort à celle de la supériorité naturelle d’une race sur une autre, et c’est dans ce climat que s’établit une hiérarchie des races en Europe, différente dans chaque pays certes, mais reposant cependant sur certaines règles générales. La division, ou sous-division, de la race aryenne, en trois sous-races – nordique, alpine et méditerranéenne – s’accompagnait d’une hiérarchisation où le darwinisme social, d’apologie de la lutte entre races, tendait à devenir apologie de la race naturellement supérieure – quel que soit l’issue du conflit, pourrait-on dire, encore que cette position théorique n’allât pas sans poser problème.

10L’un de ces représentants extrêmes de ce racisme essentialiste en Grande-Bretagne – ou issu de la Grande-Bretagne, car il se fit naturaliser allemand et publia son œuvre majeure en allemand – était Houston Stewart Chamberlain. Dans ses Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts, Chamberlain considérait la race comme une forme d’élevage de ce qu’il y avait d’essentiel en elle, et dont la pureté était obtenue par une sorte de raffinage. La race n’était donc pas chez lui à proprement parler biologique, mais le produit mobile d’une certaine discipline sur un matériel humain : toute l’histoire de l’Occident était une histoire de bon et de mauvais mélange de sang. L’âme et la nation étaient bonnes ou mauvaises selon ce mélange, il existait des races bonnes et d’autres foncièrement mauvaises. À l’âme grecque s’opposait l’âme juive, son complément, « comme le jour a besoin de la nuit [10][10]« Il semble que toute la bassesse dont les hommes sont capables… ». La race aryenne était une race morale plus encore que biologique. Les Sémites, malgré leurs grandes qualités morales, étaient incapables de fonder un droit civilisateur, et seul le « chaos ethnique » qui prévalait en Europe avait pu leur conférer un certain rôle. Seule une forme de « sainteté de groupe » pouvait conférer à une nouvelle race le devoir moral de lutter contre « l’âge juif [11][11]Le Juif actuel était, selon Chamberlain, différent du peuple… » actuel, hybride barbare de peuples divers de qualités contradictoires, et seule la race germanique était encore en mesure de jouer ce rôle.

Cet ouvrage constitue, sans doute aucun, l’une des sources de la pensée nazie, et Hitler sut lui rendre un hommage particulier – et s’en inspirer de très près. Mais s’agit-il encore de darwinisme social, fût-ce même de celui qui hiérarchisait sans scrupule les races en dehors de toute sanction de « lutte pour l’existence » ? Il semble bien que H. S. Chamberlain ait franchi les limites de cette forme la plus raciste du darwinisme social, et s’inscrive au-delà en jetant une lumière sur certaines sources du nazisme proprement dit : le culte du sang, la sainteté de groupe, l’assimilation de l’âme et du sang, la haine irraisonnée et le désir de destruction d’un groupe humain dans son entier vont au-delà de toute définition du « darwinisme social ». Et l’on n’oubliera pas que Chamberlain choisit de renoncer à sa nationalité britannique.

De la race supérieure à la survivance des moins aptes

Le dernier quart du siècle vit néanmoins décroître l’optimisme de ceux qui considéraient que l’issue de la lutte pour la vie débouchait systématiquement sur le triomphe du plus fort. La foi en une éducation qui devait en l’espace de peu de temps éclairer les masses ébranlées, une crise économique larvée dans plusieurs pays – la Grande-Bretagne en particulier –, le niveau de pauvreté qui ne baissait que lentement, la foi même en la science comme solution à la plupart des problèmes économiques ou même moraux remise en question, tout cela entraînait un certain pessimisme et un certain doute envers la perfection des lois naturelles quand elles s’appliquaient à la société. Qui plus est, il s’avérait, aux yeux de nombreux membres de l’élite biomédicale évolutionniste, que, contrairement aux prévisions des premiers darwiniens sociaux, les « inaptes » – c’est-à-dire, pour simplifier, les « faibles d’esprit », les chômeurs et les pauvres –, se propageaient bien plus vite que les membres les mieux nés des élus « naturels » dans la lutte pour la vie. Des obstacles sociaux – tels que les progrès de la médecine et de l’hygiène –, des mesures de protection sociale étatiques, entravaient le libre jeu de la sélection naturelle et permettaient à une masse de faibles d’esprit et de corps de survivre dans des conditions artificielles. La race britannique en était menacée – le problème se posant en termes différents aux Etats-Unis, où le danger premier fut d’abord ressenti dans l’immigration mal contrôlée –, et le laisser-faire du premier darwinisme social n’était plus de mise. Il y avait « cessation de sélection » et menace de dégénérescence de la race. D’autres soutenaient que, pire encore, dans les conditions de lutte pour la vie dans la vie urbaine, se produisait la sélection d’un type d’individus qui était loin d’être le plus sain, « une race d’hommes petits, contrefaits, maladifs et difficiles à tuer [12][12]A. E. Crawley, « Primitive Eugenics », Eugenics Review, 1,… ». C’est dans ce climat d’incertitude, de hantise de la décadence et de la dégénérescence biologique que prit naissance l’eugénisme de Francis Galton. Le darwinisme social qui entérinait la victoire naturelle du plus apte, ou qui allait jusqu’à classer les races en supérieures et inférieures, s’inversait en son contraire, et s’apprêtait à prôner des mesures pour protéger les mieux nés, privés artificiellement du triomphe dans la lutte pour la vie par la prolifération incontrôlée, contre-nature, des souches les plus basses de la population.

Peut-on, alors qualifier l’eugénisme de « darwinisme social » ? Il serait sans doute préférable de distinguer les deux termes et les deux courants, autant que cela est possible, ne fût-ce qu’à cause de l’optimisme et du non-interventionnisme de l’un, du pessimisme et de l’interventionnisme de l’autre. Mais souvent, il est difficile de discerner le darwinisme social et l’eugénisme dans la pensée de certains auteurs. Ainsi Karl Pearson, qui fut un certain temps socialiste, considérait qu’il était nécessaire de renforcer la vigueur de sa race par des mesures eugéniques, afin de mieux l’emporter dans la lutte pour la vie entre nations. Tel fut le point de vue de nombreux darwiniens sociaux, qui envisageaient des mesures eugéniques aux fins de renforcer leur propre groupe social, mesures eugéniques qui pouvaient aller de pair avec un haut degré de protection sociale, voire une socialisation des moyens de production, d’où la pensée eugénique d’un certain nombre de socialistes [13][13]Cf. Daniel Becquemont, « Socialisme et eugénisme en….

Dès 1865, Galton avait envisagé d’appliquer la connaissance statistique des lois d’hérédité pour favoriser les naissances des « mieux nés ». Charles Darwin, à qui il s’ouvrit de son projet, demeura fort sceptique, jugeant que les connaissances biologiques de son époque n’étaient pas assez nombreuses pour envisager des mariages préférentiels entre les meilleures souches. Galton ne parla ouvertement d’eugénisme, ou d’eugénique, qu’en 1883, et la définition la plus précise qu’il en donna date de 1904 [14][14]Francis Galton, « Eugenics, its definition, scope and aim »,… : « L’étude des éléments contrôlables socialement qui peuvent améliorer ou détériorer les qualités raciales des futures générations, physiquement ou mentalement ». L’eugénique était pour lui à la fois une science (appuyée sur des lois de distribution statistique et des lois d’hérédité), une pratique, et une religion (le sens obscur d’un devoir religieux envers l’humanité future). Si ce projet ne rencontra guère d’écho dans les années qui suivirent, il devint très populaire dans les années 1900, où fut fondée la Société d’éducation eugénique, composée de médecins, de biologistes, et de nombreux intellectuels et membres des classes moyennes. L’un de ses membres, le docteur Saleeby, distingua deux eugéniques : l’eugénique positive, qui consistait à améliorer la fécondité des meilleures souches de la nation, par des mesures d’encouragement social, par l’établissement d’une sorte de liste nationale des éléments les mieux nés (un projet auquel Galton consacra beaucoup d’énergie) ; et l’eugénique négative, qui consistait à diminuer le taux de fécondité des souches inférieures. Pour cela, diverses mesures furent prônées : la ségrégation des « inaptes », des « faibles d’esprit », des « malades congénitaux » (tuberculose, syphilis, mais aussi surdité et cécité héréditaires), voire des alcooliques [15][15]Une certaine opposition, en Grande-Bretagne, distingue les…. Galton, dans une conférence prononcée à la Société britannique de sociologie lors d’une de ses premières réunions en 1901, proposa à la sociologie britannique de se fondre dans la science de l’eugénique. La Société d’éducation eugénique fit pression sur le gouvernement pour prendre des mesures de ségrégation des « inaptes ». L’eugénique fut acceptée dans le cursus universitaire et Karl Pearson, mathématicien disciple de Galton, créa en 1907 le Laboratoire d’eugénique ; le premier congrès international d’eugénique eut lieu à Londres en 1912. Les eugénistes anglais militèrent avec succès en faveur d’une restriction (modérée) de l’immigration (Aliens Act). Leur action en faveur de la stérilisation des inaptes (qui n’était pas acceptée par tous les eugénistes anglais), eut peu de succès. Karl Pearson, certes, affirmait que « chacun, une fois né, a le droit de vivre, mais ce droit de vivre n’implique pas en lui-même le droit pour chacun de se reproduire [16][16]Karl Pearson, Darwinism, Medical Progress and Eugenics,…. » Mais aucune mesure de stérilisation eugénique ne fut prise en Grande-Bretagne malgré la pression du mouvement eugéniste, le climat d’hostilité latente envers une immigration jugée excessive, et les nombreuses proclamations envers une certaine forme d’eugénisme, de Winston Churchill à l’écrivain socialiste H. G. Wells. Dans sa majorité, la Société d’éducation eugénique critiqua les premières lois eugéniques de l’Allemagne nazie, refusant l’application forcée de ces mesures à des groupes entiers. Mais Karl Pearson, dans un banquet donné en son honneur à l’Université de Londres, évoquant sa carrière et ses efforts pour promouvoir l’eugénisme, déclarait encore en 1934 :

 

« Des expéditions aventureuses dans de nombreux champs s’ensuivirent, ainsi que des combats sur plusieurs océans, mais, que nous ayons eu raison ou tort, que nous ayons perdu ou non, nous avons certainement produit un certain effet. Cela culmina avec l’apologie de l’eugénisme par Galton, et sa fondation d’une chaire universitaire d’eugénique. Ai-je parlé de culminer ? Non, cela viendra plutôt dans l’avenir, peut-être avec le chancelier du Reich Hitler et ses propositions pour régénérer le peuple allemand. En Allemagne se déroule une vaste expérience, et certains d’entre vous vivront peut-être pour voir ses résultats. Si elle échoue, ce ne sera pas par manque d’enthousiasme, mais plutôt parce que les Allemands n’en sont qu’au début des statistiques mathématiques au sens moderne du terme [17][17]J. Richard Marshall, Critical Psychology Forum, 95, 1996, p. 15. ! »

L’eugénisme aux États-Unis

Les États-Unis furent le pays où l’eugénisme fut le plus prôné et le plus mis en pratique au début du xxe siècle. Au Connecticut d’abord, puis dans de nombreux états, des mesures furent prises pour interdire les mariages des « épileptiques, débiles, et faibles d’esprit ». Mais la figure la plus importante en ce début de xxe siècle fut sans doute le généticien Charles Davenport [18][18]Son ouvrage Heredity in Relation to Eugenics (1911) marque une…, directeur de la station biologique de Cold Spring Harbor. Soutenu par de nombreux organismes privés, dont la fameuse Carnegie Institution [19][19]Ce n’est qu’en 1939 que la Carnegie Institution cessa de…, il fonda en 1910 l’Eugenic Record Office, qui, à la manière de Galton, dressa un grand nombre d’arbres généalogiques, d’où il apparaissait que les inaptes se trouvaient en très grand nombre chez les pauvres et les destitués. L’idée d’une amélioration possible de leur santé par des mesures d’hygiène ou de protection sociale ne semble pas avoir effleuré Davenport et son associé Harry Laughlin.

Davenport s’intéressait essentiellement à l’évolution humaine : il tenta, par l’étude de nombreuses généalogies comparées, de définir un certain nombre de « traits » comme la faiblesse d’esprit, la propension à la criminalité, ou même le nomadisme [20][20]Cf. Daniel Becquemont, « Les effets pervers de la protection…. L’idée d’un melting-pot aux États-Unis lui paraissait appartenir à une époque pré-mendélienne, que la génétique et les lois de l’hérédité invalidaient. Ses recherches, cependant, le poussèrent, comme Galton, à estimer les « valeurs comparées des différentes races » et à prôner un contrôle accru de l’immigration, ouvrant ainsi la voie aux théories de Madison Grant. Le glissement de la ségrégation des individus inférieurs à celui de race inférieure était facile dans un pays dont certains États interdisaient encore en 1915 le mariage entre Blancs et Noirs. Le métissage entre races (miscegenation) était, comme chez les racistes européens, considéré comme un danger de dégénérescence. Quant à Laughlin, collaborateur de Davenport, il proposa, dans l’une de ses publications, une « loi eugénique modèle de stérilisation », à laquelle devraient se soumettre les faibles d’esprit, les fous, les criminels, les alcooliques, les infirmes, aveugles et sourds congénitaux, ainsi que les pauvres incurables et vagabonds. En 1924, l’État de Virginie passa un Racial Integrity Act, sous les conseils de Laughlin et de Grant, qui eut force de loi, et prônait la pureté raciale. Si cette mesure interdisait les mariages des Blancs avec des Noirs et des Indiens, elle ne hiérarchisait cependant pas les races européennes.

De son côté, le psychologue Henry H. Goddard, qui traduisit en anglais le test de Binet en l’interprétant dans un sens très rigide [21][21]Voir Stephen J. Gould, The Mismeasure of Man (La mal-mesure de…, publia en 1912 son best seller, La Famille Kallikak, une étude de l’hérédité des faibles d’esprit, consacré à une famille « bien née » dont une branche, par des mariages avec des faibles d’esprit, dégénéra : « Ils étaient faibles d’esprit, et aucune forme d’éducation ou de bon milieu social ne peut changer un faible d’esprit en individu normal [22][22]H. H. Goddard, The Kallikak family a study in the heredity of…. » Et d’ajouter en conclusion : « Pour les idiots les plus inférieurs, certains ont proposé des chambres de mort. Mais l’humanité se refusera toujours obstinément à la possibilité de ce genre de méthode, et il n’y a aucune probabilité qu’elle soit jamais mise en pratique [23][23]Ibid., p. 101. Quelle que soit l’aversion que son texte…. » Popenoe, cependant, dans son Applied Eugenics, envisageait ces lethal chambers (chambres de mort), soulignant leur utilité dans le passé, mais rejetant leur usage dans le présent. Il proposait la ségrégation des faibles d’esprit [24][24]Le terme de « faible d’esprit » ne désigne pas seulement des… dans des sortes d’institutions (des « colonies », disait-il) où des travaux pourraient leur être confiés. La castration, ajoutait-il, susciterait un sentiment d’opposition trop fort pour qu’elle soit appliquée, mais la stérilisation à grande échelle pourrait être envisagée. Dans une décision de la Cour suprême de 1927, le juge Oliver Wendell Holmes proclamait : « Il vaut mieux pour tout le monde qu’au lieu d’attendre d’exécuter les descendants de dégénérés pour leurs crimes, ou les laisser mourir de faim à cause de leur stupidité, la société puisse empêcher ceux qui sont manifestement inaptes de propager leur race. Trois générations d’imbéciles sont assez. »

Deux obstacles, cependant, se dressaient devant ces mesures : d’une part, quelle serait l’influence du comportement immoral d’une couche de la population qui, stérilisée, n’aurait plus aucun frein à son esprit de débauche ; d’autre part, plus sérieusement, les lois d’hérédité ne prescrivaient pas précisément quel trait dégénératif était ou non transmis à la descendance, et une connaissance plus approfondie des lois de Mendel était nécessaire avant de pratiquer la stérilisation sur une grande échelle.

Si Stoddard et Davenport furent surtout des praticiens, Madison Grant exerça une influence plus grande dans le monde intellectuel des années 1900-1930. Loin de limiter l’idée de ségrégation à une catégorie d’individus désignés par des « mesures » à prétention scientifique [25][25]L’ouvrage de référence à ce sujet demeure celui de S. J. Gould,…, il l’élargit aux Européens. Des races dites caucasiennes, il ne retenait comme vraiment supérieure que la race nordique. Il mena campagne contre l’immigration incontrôlée qui, laissant entrer des races de moindre qualité du sud et de l’est de l’Europe, contribuait à une dégénérescence de la race nordique : celle-ci, à l’origine des plus nobles conquêtes de l’humanité, était menacée d’un « suicide racial [26][26]L’expression vient d’Angleterre, utilisée par R. R. Rentoul,… ». En 1916, il publia The Passing of the Great Race, or the Racial Basis of European History[27][27]Madison Grant, The Passing of the Great Race, or the Racial…, qui obtint un certain succès populaire. Grant se prononçait contre l’entrée non contrôlée des Italiens, des Slaves et des Juifs. Si cette théorie, ouvertement raciste, prônant des mesures eugénistes, perdit de sa popularité après la Première Guerre mondiale, elle eut une influence certaine sur les mesures prises pour limiter l’immigration, et son influence sur l’idéologie nazie ne saurait être niée. L’ouvrage fut très vite traduit en allemand, et l’idée d’hygiène raciale allemande s’inspira des théories de Grant. Edwin Black mentionne une lettre que Hitler aurait adressée à Madison Grant pour le féliciter et lui dire que The Passing of the Great Race était « sa Bible [28][28]Dans la seconde édition de son ouvrage, après l’entrée en… ». Selon Grant, conformément aux règles de la lutte pour la vie, la race supérieure nordique l’avait emporté dans la sélection naturelle, et l’emportait également dans la colonisation de l’Amérique du Nord [29][29]« Le dominion canadien est bien sûr handicapé par la présence…. Mais l’immigration de la fin du xixe siècle avait amené « un nombre croissant des membres les plus faibles, brisés, malades mentaux de toutes les races provenant des couches les plus basses du Bassin méditerranéen et des Balkans, ainsi que des hordes de ces populations misérables et écrasées des ghettos polonais [30][30]Ibid. Dans Whiteness of a Different Colour : European… ». Or si la survivance du plus apte signifiait la survivance du type le plus adapté aux conditions de vie saines de la colonisation des pionniers et de la lutte contre les Indiens, les conditions actuelles de survie dans les villes industrielles favorisaient surtout la « survivance des moins aptes [31][31]L’expression est de l’anglais Karl Pearson. Les idées de… ». Il était donc nécessaire d’envisager des mesures eugéniques de ségrégation, mais surtout de contrôler l’immigration. Le résultat de l’activité de Davenport, de Laughlin et de Grant fut le nouvel Immigration Act de 1924, qui assignait des quotas d’immigration aux divers pays d’Europe (et du monde en général). Celui-ci autorisait 2 % d’immigrants de chaque population selon le recensement de 1890 (ce qui favorisait les immigrants « nordiques » au détriment des Italiens, des Slaves et des Juifs). L’Immigration Act suivait en cela les recommandations du Comité eugénique des États-Unis sur l’immigration sélective, comité dont l’un des présidents n’était autre que Madison Grant. Le rapport précisait que les Européens du Nord et de l’Ouest, plus intelligents, fourniraient « le meilleur matériel pour la citoyenneté américaine ». L’Immigration Act « réduirait grandement le nombre d’immigrants d’un degré inférieur d’intelligence, et d’immigrants fournissant un nombre excessif de membres de nos classes de faibles d’esprit, fous, criminels, et autres groupes indésirables [32][32]Cité dans http://webcom.com/~intvoice/powell.11.html. »

Cette activité et cette propagande ne furent pas sans écho : elles ouvrirent la voie à de nombreuses mesures de protection eugénique dans plus de trente États des États-Unis. Si la ségrégation des Chinois et des Noirs n’avait guère besoin de s’appuyer sur un mouvement eugéniste, celui-ci fit beaucoup pour renforcer les préjugés raciaux envers les Européens du Sud, les Slaves et les Juifs. L’Immigration Act de 1924 constitua l’un des premiers succès de l’eugénisme. Le vice-président Calvin Coolidge avait déclaré en 1923 que « les lois biologiques prouvent… que les Nordiques se détériorent lorsqu’ils sont mélangés avec d’autres races [33][33]Cité par D. J. Kevles, Au nom de l’eugénisme, Paris, P.U.F.,…. » Il était devenu président des États-Unis lors de la promulgation des lois sur l’immigration.

À partir des années 1900, les sentiments de supériorité raciale et biologique des partisans de la « race nordique » étaient si forts que de nombreux États promulguèrent des lois eugéniques allant jusqu’à prescrire la stérilisation (obligatoire ou volontaire, suivant les cas) des « inaptes », tels qu’ils étaient définis par Laughlin. En 1909, le Connecticut promulgua des lois interdisant les mariages des inaptes (ainsi que toute relation hors mariage), l’État de Washington autorisa la stérilisation des récidivistes et des violeurs, et la Californie celle des « faibles d’esprit » – dans le sens très large du terme. L’Iowa passa une loi plus restrictive encore, autorisant la stérilisation des criminels, faibles d’esprit, idiots, alcooliques, drogués, épileptiques et pervers sexuels. Dans les années qui suivirent, le Nevada, le New Jersey, et l’État de New York promulguèrent des lois analogues. Après une première loi restrictive en 1905, l’Indiana promulgua en 1907 la première loi de stérilisation obligatoire : des experts étaient autorisés à faire stériliser des individus dont l’état mental n’était pas améliorable. Cette loi était accompagnée de restrictions interdisant le mariage des déficients mentaux, malades contagieux et ivrognes incurables ; les sujets sortant d’un asile devaient être en possession d’un certificat médical, et les mariages contractés par les résidants de l’Indiana dans un autre État devaient être réexaminés [34][34]Cf. Catherine Bachelard-Jobard, L’Eugénisme, la science et le…. En 1909, la Californie alla plus loin, en autorisant la stérilisation ou la castration des récidivistes et des « faibles d’esprit » de toute sorte. Seize États en 1917, une trentaine en 1930, adoptèrent ainsi des lois eugéniques autorisant, recommandant ou prescrivant la stérilisation de diverses catégories d’individus – aucune ne concernant des « races ou groupes humains », mais des individus considérés comme mentalement et/ou physiquement inférieurs. Certaines de ces lois parlaient de stérilisation volontaire, acceptée par les individus sollicités, d’autres de stérilisation obligatoire. D’autres lois furent néanmoins refusées par la Cour suprême.

Ces lois furent peu mises en pratique dans un premier temps, sauf en Californie. En 1927, un arrêt de la Cour suprême, s’appuyant sur un décret de l’État de Virginie, approuvait la stérilisation de la fille d’une prostituée, Carrie Buck, pour le simple fait qu’elle avait eu un enfant illégitime [35][35]L’affaire « Buck contre Bell ». La stérilisation de Carrie Buck…. Cet arrêté encouragea la mise en pratique de la stérilisation dans de nombreux États. Le nombre de personnes stérilisées de 1907 à 1940 varie selon les estimations de 30 000 à 40 000, dont quelques castrations (Kansas). Le nombre de femmes était assez sensiblement supérieur à celui des hommes, surtout en Californie, où se produisit le tiers des stérilisations. Des lois semblables furent promulguées dans certains États canadiens en particulier dans l’Alberta. Il y a une dizaine d’années se déroulaient encore dans cet État des procès intentés par des femmes stérilisées contre leur gré.

24Le programme des eugénistes allemands des années 1900-1930 ne différait guère du programme eugéniste américain ; Rockefeller et la fondation Carnegie subventionnèrent leurs recherches bien au-delà de cette date.

Dans un ouvrage récent [36][36]Edwin Black, War against the Weak, Londres-New York, Four Walls…, Edwin Black soutient que les eugénistes américains ont directement inspiré le programme d’élimination nazi. Hitler, dans Mein Kampf, aurait félicité les Américains pour leur politique eugénique, et fait preuve d’une connaissance approfondie de l’eugénisme américain [37][37]Black cite, de Mein Kampf, la phrase suivante : « Il y a au…. Ce qui est certain, c’est que les eugénistes californiens éprouvèrent un enthousiasme certains pour les premières mesures eugéniques de Hitler, qu’ils organisèrent une exposition à la gloire de ces mesures en août 1934, à l’occasion de la réunion annuelle de l’American Public Health Association à Los Angeles, après le retour d’un de leurs dirigeants les plus connus, le docteur C. M. Goethe [38][38]Cf. Edwin Black, « Eugenics and the Nazis : the California…, qui déclara à cette occasion :

 

« Vous serez intéressés de savoir que votre œuvre a joué un grand rôle dans la formation de l’opinion du groupe d’intellectuels qui soutiennent Hitler dans ce programme qui fera date. Partout, je me suis rendu compte que leur opinion a été profondément stimulée par la pensée américaine [39][39]Ibid.. »

Plus importante encore sans doute est l’opinion du New England Journal of Medicine, qui, un an après la nomination de Hitler à la chancellerie, écrivait en 1934 : « L’Allemagne est sans doute la nation la plus progressive dans sa limitation de la fécondité des inaptes. »

28Lors de la proclamation de premières lois eugéniques nazies, la majorité de la Société d’éducation eugénique de Grande-Bretagne avait manifesté sa désapprobation face à des mesures jugées trop extensives, appliquées à des groupes entiers. La désapprobation n’alla pas si vite aux États-Unis. Un certain malaise s’installa d’abord, en constatant le nombre des stérilisations (36 000 au moins dans les années 30), les réticences de plus en plus grandes du milieu médical, la compréhension, lente mais continue, de la nature du régime nazi ; les protestations de nombreux cercles juridiques avaient cependant sensiblement transformé l’attitude de l’opinion publique avant la déclaration de guerre, encore que certaines pratiques eugéniques de stérilisation « involontaire » subsistèrent au-delà de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’eugénisme aux États-Unis, de 1900 à 1940 – en dehors, bien sûr, de l’eugénisme allemand – constitue, dans l’idéologie comme dans les pratiques de stérilisation, le moment maximal du pouvoir eugéniste, ces pratiques ne se sont nullement limitées aux États-Unis, et sont attestées, à un moindre degré, dans toute l’Europe du Nord, particulièrement dans les pays scandinaves. La France et la Grande-Bretagne en furent relativement exemptes, encore qu’une idéologie eugénique assez virulente ait subsisté en Grande-Bretagne jusqu’à la guerre, et que certains eugénistes français n’aient jamais désavoué l’eugénisme nazi

On peut s’interroger sur la puissance et la popularité de cette idéologie depuis la fin du xixe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La première constatation est qu’elle s’exerça avec une puissance maximale dans les pays à domination protestante. La culture et la religion catholiques semblent en effet avoir opposé une certaine résistance à l’idée d’une amélioration de l’espèce humaine par des moyens humains, amélioration appuyée sur une connaissance scientifique et médicale. Une certaine culture protestante avait, au contraire insisté, à côté de l’éthique du travail, sur la domination de la nature comme signe d’une certaine réussite, où la sélection naturelle faisait parfois bon ménage avec l’idée d’une élection surnaturelle des individus [40][40]Parfois, mais pas toujours. Le regain d’hostilité, de nos…. De dominer la nature à dominer la nature humaine en la transformant, il y avait, certes, plus qu’un pas à franchir, mais une certaine imprégnation culturelle a certainement favorisé la diffusion de l’idée d’un caractère modifiable de la nature physique de l’homme. Dans un pays neuf où l’immigration était à la fois une nécessité et un problème plus importants que dans les pays européens, l’eugénisme américain trouva un terreau où il put prospérer plus aisément que dans le Vieux Continent – si l’on excepte, bien entendu, les programmes de stérilisation, d’euthanasie, puis d’extermination du régime nazi, qui sont loin de se limiter à ce que l’on appelle communément l’eugénisme [41][41]Le racisme essentialiste et l’antisémitisme, sans être absents….

Des thèses de Darwin sur la lutte pour la vie au « darwinisme social », l’écart est immense, et le malentendu profond et malheureusement durable. Du darwinisme social, portant sur la lutte entre individus, au darwinisme social, considérant la lutte des races comme le moteur de l’Histoire appelé à s’effacer avec le progrès de la civilisation, au darwinisme social faisant l’apologie du droit du peuple le plus fort, toute une série d’interprétations biaisées est en fin de compte discernable, ainsi que dans le passage de l’apologie du plus fort à la glorification de la race supérieure, nordique ou teutonique. À toutes ces dérives vint s’ajouter, dans la crainte de la décadence et de la dégénérescence qui caractérise le climat intellectuel précédant immédiatement la Première Guerre mondiale, le fantasme de la survivance du plus faible dans la lutte pour la vie. C’est dans cette hantise que prospéra l’eugénisme, avec son programme d’eugénique positive puis négative, la stérilisation des « inaptes » qui se produisit – sur une échelle relativement réduite – aux Etats-Unis, mais ne s’imposa pas en Grande-Bretagne. Cet eugénisme, surtout dans la forme qu’il prit aux États-Unis, était assez proche de l’eugénisme allemand précédant le pouvoir nazi. Imprégné de racisme, teinté d’antisémitisme, il n’envisagea cependant jamais la suppression de groupes humains entiers.

De Darwin à Hitler [42][42]C’est, encore de nos jours, le titre d’un ouvrage d’André…, nul chemin, nulle filiation, directe ou indirecte, mais une série d’impasses, de trajets fourvoyés, de culs-de-sac faussement articulés. De Darwin au darwinisme social, le rapport existe surtout par des liens très lâches et une série de malentendus. Du darwinisme social au nazisme, une vague analogie, dont le contexte historique dissout les grandes lignes, mais signale les dérives eugéniques possibles. De l’eugénisme aux camps de la mort, le passage d’une pratique biomédicale déshumanisée à un racisme essentialiste désignant des groupes humains entiers à éliminer.

Notes

 

 

  • [1]

    Professeur émérite à l’université de Lille III.

  • [2]

    Voir l’article de D. Becquemont, « Aspects du darwinisme social anglo-saxon », Darwinisme et société, Patrick Tort éd., Paris, P.U.F., 1992.

  • [3]

    Voir D. Becquemont et L. Mucchielli, Le Cas Spencer, Paris, P.U.F, 1998.

  • [4]

    Voir l’article de D. Becquemont, « Développement », in Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences, Paris, P.U.F., 1999.

  • [5]

    Voir l’article de D. Becquemont, « Darwinisme social », in Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution, op. cit.

  • [6]

    Dans La Critique du darwinisme social d’Émile Gautier, Paris, Derveaux,1880.

  • [7]

    American Journal of Sociology, n° 12, 1907.

  • [8]

    Lester Ward, qui fait de la lutte des races le moteur de l’Histoire, et s’inscrit donc dans une forme de darwinisme social « holiste », fut toujours un adversaire décidé des théories individualistes et libérales (au sens de libéralisme économique, et non au sens américain) d’Herbert Spencer, en qui l’on voit le représentant le plus évident du darwinisme social de nos jours. Cet antagonisme prouve par lui-même à quel point il est nécessaire de distinguer lutte interindividuelle et lutte entre groupes comme deux théories divergentes à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler « darwinisme social’.

  • [9]

    Là où Ward parle de synergie, Gumplowicz parle de « syngénie », sans que la différence entre les deux concepts soit très sensible.

  • [10]

    « Il semble que toute la bassesse dont les hommes sont capables se condense dans ce petit peuple ; non pas que les Juifs aient été au fond plus abominables que le reste de l’humanité, mais la hideur du vice nous stupéfie dans leur histoire parce qu’il s’y montre tout nu », H. S. Chamberlain, Les Fondements du xixe siècle, Paris, Payot, 1913.

  • [11]

    Le Juif actuel était, selon Chamberlain, différent du peuple d’Israël d’autrefois, « déjà passablement contre nature ».

  • [12]

    A. E. Crawley, « Primitive Eugenics », Eugenics Review, 1, 1909-10, p. 278.

  • [13]

    Cf. Daniel Becquemont, « Socialisme et eugénisme en Grande-Bretagne », Mil neuf cent, 12, 2000.

  • [14]

    Francis Galton, « Eugenics, its definition, scope and aim », Nature, 1904, p. 82.

  • [15]

    Une certaine opposition, en Grande-Bretagne, distingue les partisans de mesures eugéniques contraignantes, et ceux que l’on appellera plus tard les « hygiénistes », plus orientés vers la lutte contre l’alcoolisme, la tuberculose et autres maladies contagieuses.

  • [16]

    Karl Pearson, Darwinism, Medical Progress and Eugenics, Londres, Dulau & Co, 1912.

  • [17]

    J. Richard Marshall, Critical Psychology Forum, 95, 1996, p. 15.

  • [18]

    Son ouvrage Heredity in Relation to Eugenics (1911) marque une date importante dans l’histoire de l’eugénisme américain.

  • [19]

    Ce n’est qu’en 1939 que la Carnegie Institution cessa de subventionner l’Eugenics Record Office, qui cessa de fonctionner en 1944.

  • [20]

    Cf. Daniel Becquemont, « Les effets pervers de la protection sociale », revue Mutation, Des sciences contre l’homme, vol. II « Au nom du Bien », Paris, Autrement, 1993.

  • [21]

    Voir Stephen J. Gould, The Mismeasure of Man (La mal-mesure de l’homme), Penguin Books, 1981 ; traduit de l’américain par Jacques Chabert sous le titre La Mal-mesure de l’homme : l’intelligence sous la toise des savants, Paris, Ramsay, 1983.

  • [22]

    H. H. Goddard, The Kallikak family a study in the heredity of feeble-mindedness, New York, The Macmillan Company, 1912 p. 53.

  • [23]

    Ibid., p. 101. Quelle que soit l’aversion que son texte produise en notre siècle, Goddard ne regrette ni ne prône l’institution de ces « chambres de mort » qu’un « esprit d’humanité » lui interdit d’envisager.

  • [24]

    Le terme de « faible d’esprit » ne désigne pas seulement des « débiles légers », mais tout un ensemble d’individus d’apparence normale, qui s’avèrent à la longue peu capables d’accomplir des tâches élémentaires : 300 000 individus dans les États-Unis des années 1920, selon l’estimation de Goddard.

  • [25]

    L’ouvrage de référence à ce sujet demeure celui de S. J. Gould, The Mismeasure of Man, op. cit.

  • [26]

    L’expression vient d’Angleterre, utilisée par R. R. Rentoul, Race culture or Race suicide, Londres, 1906. Cf. D. Becquemont, « Les effets pervers de la protection sociale », op. cit., p. 15.

  • [27]

    Madison Grant, The Passing of the Great Race, or the Racial Basis of European History, New York, C. Scribner, 1916 ; traduction française de E. Assire sous le titre Le Déclin de la grande race, préface de G. Vacher de Lapouge, Paris, Payot, 1926.

  • [28]

    Dans la seconde édition de son ouvrage, après l’entrée en guerre des États-Unis en 1917, Grant métissa les Allemands en leur attribuant du sang « alpin ».

  • [29]

    « Le dominion canadien est bien sûr handicapé par la présence inassimilable de Franco-Canadiens, surtout d’origine bretonne. Les Québécois réussiront à entraver le progrès du Canada et réussiront encore mieux à demeurer une communauté pauvre et ignorante qui n’aura guère plus d’importance au niveau mondial que les Nègres du Sud », Grant, The Passing of the Great Race, op. cit., première partie, ch. 7.

  • [30]

    Ibid. Dans Whiteness of a Different Colour : European Immigrants and the Alchemy of race (Harvard University Press, 1998), Matthew Frye Jacobson voit dans The Passing of the Great Race le Mein Kampf du mouvement eugéniste.

  • [31]

    L’expression est de l’anglais Karl Pearson. Les idées de Madison Grant ne sont guère différentes des théories eugénistes exprimées en Europe à la même époque. L’idée que la sélection naturelle est entravée par les conditions actuelles de la vie urbaine est un lieu commun des eugénistes anglais. Vacher de Lapouge exprime en France la même idée d’une perversion de la sélection naturelle par des « sélections sociales » qui favorisent la prolifération des inaptes. Madison Grant écrivit la préface de l’ouvrage de Vacher de Lapouge.

  • [32]

    Cité dans http://webcom.com/~intvoice/powell.11.html

  • [33]

    Cité par D. J. Kevles, Au nom de l’eugénisme, Paris, P.U.F., 1995 (1ère édition, 1985), p. 139 (Good Housekeeping, février 1921).

  • [34]

    Cf. Catherine Bachelard-Jobard, L’Eugénisme, la science et le droit, Le Monde-PUF, Paris, 2001 ; Jesse Paulding-Smith, « Marriage, sterilization and compulsory laws », Journal of Criminal Law, septembre 1914 ; Mark Haller, Eugenics : Hereditarian Attutudes in American Thought, New Brunswick, Rutgers University Press, 1963, p. 47.

  • [35]

    L’affaire « Buck contre Bell ». La stérilisation de Carrie Buck eut un grand retentissement. C’est à cette occasion que le juge Holmes proclama : « Trois générations d’imbéciles suffisent ».

  • [36]

    Edwin Black, War against the Weak, Londres-New York, Four Walls Eight Windows, 2003.

  • [37]

    Black cite, de Mein Kampf, la phrase suivante : « Il y a au moins un État où existent les prémisses d’une meilleure conception. Naturellement, ce n’est pas notre république allemande, ce sont les États-Unis », sans mentionner quelle édition il utilise.

  • [38]

    Cf. Edwin Black, « Eugenics and the Nazis : the California Connection », San Francisco Chronicle, 9 novembre 2003.

  • [39]

    Ibid.

  • [40]

    Parfois, mais pas toujours. Le regain d’hostilité, de nos jours, de la part de nombreuses sectes protestantes envers la théorie même de l’évolution, témoigne de la variété des réactions des Églises et sectes protestantes aux États-Unis sur le sujet.

  • [41]

    Le racisme essentialiste et l’antisémitisme, sans être absents du mouvement eugéniste allemand avant la prise du pouvoir des nazis, n’en constituent pas la caractéristique principale. Cf. Paul Weindling, L’Hygiène de la race, vol. I, préface de Benoît Massin, Paris, La Découverte, 1998 ; Benno Müller-Hill, Science nazie, science de mort, l’extermination des Juifs, des Tziganes et des malades mentaux de 1933 à 1945, Paris, Odile Jacob, 1989 ; Catherine Bachelard-Jobard, L’Eugénisme, la science et le droit, Paris, Le Monde-P.U.F., 2001.

  • [42]

    C’est, encore de nos jours, le titre d’un ouvrage d’André Pichot, La Société pure : de Darwin à Hitler, Paris, Flammarion, 2000.

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13 septembre 2023 3 13 /09 /septembre /2023 17:53

Je vais encore me faire des amis, n'étant ni consensuel ni conventionnel parce que ç'est ma nature, mais également par ce que l'avenir va désintégrer la dissonance cognitive, les blocages, ce sera nécessaire car ce sera une question de survie. Tant pis pour les esprits chagrins !

Henry

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11 septembre 2023 1 11 /09 /septembre /2023 17:53

Dans les textes officiels on a toujours prétendu, notamment les historiens que la secte des "Illuminés de Bavière" avait été supprimée, mais il n'en est rien en effet des documents démontrent l'inquiétude des autorités face à la subversion de cette dernière aux seins des états germaniques d'alors.

Alors quoi donc , encore une fois nous aurait on écartés d'emblée d'un revers de manche habituel un sujet sur lequel il ne faut pas s'intéresser.

La tromperie et la dissimulation ne sont pas des outils récents !

 

Henry

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9 août 2023 3 09 /08 /août /2023 17:51
Soljenitsyne
 
« Vous, en Europe, vous êtes dans une éclipse de l'intelligence. Vous allez souffrir. Le gouffre est profond. Vous êtes malades. Vous avez la maladie du vide. Le système occidental va vers son état ultime d'épuisement spirituel : le juridisme sans âme, l'humanisme rationaliste, l'abolition de la vie intérieure… Toutes vos élites ont perdu le sens des valeurs supérieures. Elles ont oublié que le premier droit de l'homme, c'est le droit de ne pas encombrer son âme avec des futilités…
 
Cependant, le gouffre s'ouvrira à la lumière. De petites lucioles dans la nuit vacilleront au loin. Il y aura des hommes qui se lèveront, au nom de la vérité, de la nature, de la vie. Ils exerceront leurs enfants à penser différemment, à remettre l'esprit au-dessus de la matière. Ils briseront la spirale du déclin du courage. Ainsi viendra l'éclosion des consciences dressées. Aujourd'hui les dissidents sont à l'Est, ils vont passer à l'Ouest. »
 
extrait tiré de la conférence sur le "Déclin du courage" en 1978 à Harvard
 
 
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Le Déclin du courage, par Alexandre Soljenitsyne, Harvard (juin 1978) Communisme et capitalisme, frères ennemis mais frères

Devant la prestigieuse assemblée des enseignants de Harvard, le Prix Nobel rescapé du Goulag soutient que les sociétés soviétique et occidentale moderne ne diffèrent pas de nature. Toutes deux se fondent sur l’autonomie de l’homme par rapport à Dieu et ambitionnent de réaliser son bonheur par le seul changement de système social. Toutes deux génèrent une « pensée unique », l’une du Parti, l’autre de l’opinion. De la société communiste sans loi, l’Occident se distingue par son détestable légalisme source d’égoïsme et de lâcheté. Non, pas de progrès de l’homme sans prise en compte de sa dimension spirituelle.

Table des matières

 

 


Constat du déclin du courage en Occident

L’œil critique d’un observateur extérieur

Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l’occasion du 327e anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est « VERITAS ». La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d’aujourd’hui contient une part de vérité ; je vous l’apporte en ami, non en adversaire.
Il y a trois ans, aux États-Unis, j’ai été amené à dire des choses que l’on a rejeté, qui ont paru inacceptables. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui acquiescent à mes propos d’alors…
Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies.

Lâcheté des élites politiques et intellectuelles

Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société.
Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un État sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place.
Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ?

Idéologie de la liberté et perte du sens du bien commun

La liberté promise et les biens matériels aboutissent à un « bonheur pauvre »

Quand les États occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l’homme, et que la vie de l’homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d’indépendance.)
Aujourd’hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un État assurant le bien-être général. Chaque citoyen s’est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu’il a cours depuis ces mêmes décennies.

L’obsession de la possession et du confort suscite inquiétude et dépression

Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d’avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l’Ouest les marques de l’inquiétude et même de la dépression, bien qu’il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n’ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.
L’indépendance de l’individu à l’égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n’auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d’élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l’épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l’argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs.
Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ?
Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?
Même la biologie nous enseigne qu’un haut degré de confort n’est pas bon pour l’organisme. Aujourd’hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.

Le légalisme ou la « lettre » de la loi, ou la loi sans la légitimité

Une société fondée sur la lettre de la loi engendre la médiocrité

La société occidentale s’est choisie l’organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j’appellerais légaliste. Les limites des droits de l’homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches.
Les hommes à l’Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l’aide d’un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu’un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n’en être pas moins illégitime.
Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n’entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu’aux extrêmes limites des cadres légaux.
J’ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu’une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n’allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines.
La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s’en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme.
Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d’une structure sociale légaliste.

Opinion, presse, Parlements paralysent toute action utile au bien commun

Aujourd’hui la société occidentale nous révèle qu’il règne une inégalité entre la liberté d’accomplir de bonnes actions et la liberté d’en accomplir de mauvaises. Un homme d’État qui veut accomplir quelque chose d’éminemment constructif pour son pays doit agir avec beaucoup de précautions, avec timidité pourrait-on dire. Des milliers de critiques hâtives et irresponsables le heurtent de plein fouet à chaque instant. Il se trouve constamment exposé aux traits du Parlement, de la presse. Il doit justifier pas à pas ses décisions, comme étant bien fondées et absolument sans défauts. Et un homme exceptionnel, de grande valeur, qui aurait en tête des projets inhabituels et inattendus, n’a aucune chance de s’imposer : d’emblée on lui tendra mille pièges. De ce fait, la médiocrité triomphe sous le masque des limitations démocratiques.
Il est aisé en tout lieu de saper le pouvoir administratif, et il a en fait été considérablement amoindri dans tous les pays occidentaux. La défense des droits individuels a pris de telles proportions que la société en tant que telle est désormais sans défense contre les initiatives de quelques-uns. Il est temps, à l’Ouest, de défendre non pas temps les droits de l’homme que ses devoirs.

Une liberté destructrice et irresponsable

Liberté de la violence et du mal

D’un autre côté, une liberté destructrice et irresponsable s’est vue accorder un espace sans limite. Il s’avère que la société n’a plus que des défenses infimes à opposer à l’abîme de la décadence humaine, par exemple en ce qui concerne le mauvais usage de la liberté en matière de violence morale faites aux enfants, par des films tout pleins de pornographie, de crime, d’horreur. On considère que tout cela fait partie de la liberté, et peut être contrebalancé, en théorie, par le droit qu’ont ces mêmes enfants de ne pas regarder et de refuser ces spectacles. L’organisation légaliste de la vie a prouvé ainsi son incapacité à se défendre contre la corrosion du mal
L’évolution s’est faite progressivement, mais il semble qu’elle ait eu pour point de départ la bienveillante conception humaniste selon laquelle l’homme, maître du monde, ne porte en lui aucun germe de mal, et tout ce que notre existence offre de vicié est simplement le fruit de systèmes sociaux erronés qu’il importe d’amender. Et pourtant, il est bien étrange de voir que le crime n’a pas disparu à l’Ouest, alors même que les meilleures conditions de vie sociale semblent avoir été atteintes. Le crime est même bien plus présent que dans la société soviétique, misérable et sans loi…

Presse libre ou presse bavarde, irresponsable et esclave du courant dominant de l’opinion

La presse, aussi, bien sûr, jouit de la plus grande liberté. Mais pour quel usage ? … Quelle responsabilité s’exerce sur le journaliste, ou sur un journal, à l’encontre de son lectorat, ou de l’histoire ?
S’ils ont trompé l’opinion publique en divulguant des informations erronées, ou de fausses conclusions, si même ils ont contribué à ce que des fautes soient commises au plus haut degré de l’État, avons-nous le souvenir d’un seul cas, où le dit journaliste ou le dit journal ait exprimé quelque regret ? Non, bien sûr, cela porterait préjudice aux ventes. De telles erreurs peut bien découler le pire pour une nation, le journaliste s’en tirera toujours.
Étant donné que l’on a besoin d’une information crédible et immédiate, il devient obligatoire d’avoir recours aux conjectures, aux rumeurs, aux suppositions pour remplir les trous, et rien de tout cela ne sera jamais réfuté ; ces mensonges s’installent dans la mémoire du lecteur. Combien de jugements hâtifs, irréfléchis, superficiels et trompeurs sont ainsi émis quotidiennement, jetant le trouble chez le lecteur, et le laissant ensuite à lui-même ?
La presse peut jouer le rôle d’opinion publique, ou la tromper. De la sorte, on verra des terroristes peints sous les traits de héros, des secrets d’État touchant à la sécurité du pays divulgués sur la place publique, ou encore des intrusions sans vergogne dans l’intimité de personnes connues, en vertu du slogan : « tout le monde a le droit de tout savoir ».
Mais c’est un slogan faux, fruit d’une époque fausse ; d’une bien plus grande valeur est ce droit confisqué, le droit des hommes de ne pas savoir, de ne pas voir leur âme divine étouffée sous les ragots, les stupidités, les paroles vaines. Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information
Autre chose ne manquera pas de surprendre un observateur venu de l’Est totalitaire, avec sa presse rigoureusement univoque : on découvre un courant général d’idées privilégiées au sein de la presse occidentale dans son ensemble, une sorte d’esprit du temps, fait de critères de jugement reconnus par tous, d’intérêts communs, la somme de tout cela donnant le sentiment non d’une compétition mais d’une uniformité. Il existe peut-être une liberté sans limite pour la presse, mais certainement pas pour le lecteur : les journaux ne font que transmettre avec énergie et emphase toutes ces opinions qui ne vont pas trop ouvertement contredire ce courant dominant.

Liberté ou asservissement général à l’opinion, à la pensée unique ?

Sans qu’il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d’idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n’ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d’être relayés dans le supérieur.
Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l’engouement à la mode. Sans qu’il y ait, comme à l’Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom.
Aux États-Unis, il m’est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes… peut-être un professeur d’un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l’entendre, car les média n’allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux…

La société occidentale moderne n’est pas un bon modèle

Il est universellement admis que l’Ouest montre la voie au monde entier vers le développement économique réussi, même si dans les dernières années il a pu être sérieusement entamé par une inflation chaotique.
Et pourtant, beaucoup d’hommes à l’Ouest ne sont pas satisfaits de la société dans laquelle ils vivent. Ils la méprisent, ou l’accusent de plus être au niveau de maturité requis par l’humanité. Et beaucoup sont amenés à glisser vers le socialisme, ce qui est une tentation fausse et dangereuse.
J’espère que personne ici présent ne me suspectera de vouloir exprimer une critique du système occidental dans l’idée de suggérer le socialisme comme alternative. Non, pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en œuvre, je ne me prononcerai pas en faveur d’une telle alternative…
Mais si l’on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative. Non, je ne prendrais pas votre société comme modèle pour la transformation de la mienne.
On ne peut nier que les personnalités s’affaiblissent à l’Ouest, tandis qu’à l’Est elles ne cessent de devenir plus fermes et plus fortes. Bien sûr, une société ne peut rester dans des abîmes d’anarchie, comme c’est le cas dans mon pays. Mais il est tout aussi avilissant pour elle de rester dans un état affadi et sans âme de légalisme, comme c’est le cas de la vôtre.
Après avoir souffert pendant des décennies de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd’hui par les habitudes d’une société massifiée, forgées par l’invasion révoltante de publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.
Tout cela est sensible pour de nombreux observateurs partout sur la planète. Le mode de vie occidental apparaît de moins en moins comme le modèle directeur.
Il est des symptômes révélateurs par lesquels l’histoire lance des avertissements à une société menacée ou en péril. De tels avertissements sont, en l’occurrence, le déclin des arts, ou le manque de grands hommes d’État. Et il arrive parfois que les signes soient particulièrement concrets et explicites. Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens Américains se livrent au pillage et au grabuge. C’est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point.
Mais le combat pour notre planète, physique et spirituel, un combat aux proportions cosmiques, n’est pas pour un futur lointain ; il a déjà commencé. Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. Vous sentez déjà la pression qu’elles exercent, et pourtant, vos écrans et vos écrits sont pleins de sourires sur commande et de verres levés. Pourquoi toute cette joie ?

L’autonomie, ou la raison du déclin

L’autonomie humaniste, fondement de la modernité

Comment l’Ouest a-t-il pu décliner, de son pas triomphal à sa débilité présente ? A-t-il connu dans son évolution des points de non-retour qui lui furent fatals, a-t-il perdu son chemin ?
Il ne semble pas que cela soit le cas. L’Ouest a continué à avancer d’un pas ferme en adéquation avec ses intentions proclamées pour la société, main dans la main avec un progrès technologique étourdissant. Et tout soudain il s’est trouvé dans son état présent de faiblesse.
Cela signifie que l’erreur doit être à la racine, à la fondation de la pensée moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident à l’époque moderne. Je parle de la vision du monde qui a prévalu en Occident, née à la Renaissance, et dont les développements politiques se sont manifestés à partir des Lumières.
Elle est devenue la base de la doctrine sociale et politique et pourrait être appelée l’humanisme rationaliste, ou l’autonomie humaniste : l’autonomie proclamée et pratiquée de l’homme à l’encontre de toute force supérieure à lui. On peut parler aussi d’anthropocentrisme : l’homme est vu au centre de tout.

De l’humanisme au culte de l’homme et de son bien être physique

Historiquement, il est probable que l’inflexion qui s’est produite à la Renaissance était inévitable. Le Moyen-Âge en était venu naturellement à l’épuisement, en raison d’une répression intolérable de la nature charnelle de l’homme en faveur de sa nature spirituelle.
Mais en s’écartant de l’esprit, l’homme s’empara de tout ce qui est matériel, avec excès et sans mesure. La pensée humaniste, qui s’est proclamée notre guide, n’admettait pas l’existence d’un mal intrinsèque en l’homme, et ne voyait pas de tâche plus noble que d’atteindre le bonheur sur terre.
Voilà qui engagea la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l’adoration de l’homme et de ses besoins matériels. Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l’accumulation de biens matériels, tous les autres besoins humains, caractéristiques d’une nature subtile et élevée, furent rejetés hors du champ d’intérêt de l’État et du système social, comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé.

Du matérialisme à l’égoïsme, à la misère morale et à l’impasse politique

De la sorte, des failles furent laissées ouvertes pour que s’y engouffre le mal, et son haleine putride souffle librement aujourd’hui. Plus de liberté en soi ne résout pas le moins du monde l’intégralité des problèmes humains, et même en ajoute un certain nombre de nouveaux.
Et pourtant, dans les jeunes démocraties, comme la démocratie américaine naissante, tous les droits de l’homme individuels reposaient sur la croyance que l’homme est une créature de Dieu. C’est-à-dire que la liberté était accordée à l’individu de manière conditionnelle, soumise constamment à sa responsabilité religieuse. Tel fut l’héritage du siècle passé.
Toutes les limitations de cette sorte s’émoussèrent en Occident, une émancipation complète survint, malgré l’héritage moral de siècles chrétiens, avec leurs prodiges de miséricorde et de sacrifice.
Les États devinrent sans cesses plus matérialistes. L’Occident a défendu avec succès, et même surabondamment, les droits de l’homme, mais l’homme a vu complètement s’étioler la conscience de sa responsabilité devant Dieu et la société.
Durant ces dernières décennies, cet égoïsme juridique de la philosophie occidentale a été définitivement réalisé, et le monde se retrouve dans une cruelle crise spirituelle et dans une impasse politique. Et tous les succès techniques, y compris la conquête de l’espace, du Progrès tant célébré n’ont pas réussi à racheter la misère morale dans laquelle est tombé le XXe siècle, que personne n’aurait pu encore soupçonner au XIXe siècle.

L’humanisme matérialiste, creuset unique des sociétés libérale et communiste

L’humanisme dans ses développements devenant toujours plus matérialiste, il permit avec une incroyable efficacité à ses concepts d’être utilisés d’abord par le socialisme, puis par le communisme, de telle sorte que Karl Marx pût dire, en 1844, que « le communisme est un humanisme naturalisé. »
Il s’est avéré que ce jugement était loin d’être faux. On voit les mêmes pierres aux fondations d’un humanisme altéré et de tout type de socialisme : un matérialisme sans frein, une libération à l’égard de la religion et de la responsabilité religieuse, une concentration des esprits sur les structures sociales avec une approche prétendument scientifique.
Ce n’est pas un hasard si toutes les promesses rhétoriques du communisme sont centrées sur l’Homme, avec un grand H, et son bonheur terrestre. À première vue, il s’agit d’un rapprochement honteux : comment, il y aurait des points communs entre la pensée de l’Ouest et de l’Est aujourd’hui ? Là est la logique du développement matérialiste…

Un même principe d’autonomie : « l’homme est la mesure de toute chose »

Je ne pense pas au cas d’une catastrophe amenée par une guerre mondiale, et aux changements qui pourraient en résulter pour la société. Aussi longtemps que nous nous réveillerons chaque matin, sous un soleil paisible, notre vie sera inévitablement tissée de banalités quotidiennes.
Mais il est une catastrophe qui pour beaucoup est déjà présente pour nous. Je veux parler du désastre d’une conscience humaniste parfaitement autonome et irréligieuse.
Elle a fait de l’homme la mesure de toutes choses sur terre, l’homme imparfait, qui n’est jamais dénué d’orgueil, d’égoïsme, d’envie, de vanité, et tant d’autres défauts.
Nous payons aujourd’hui les erreurs qui n’étaient pas apparues comme telles au début de notre voyage. Sur la route qui nous a amenés de la Renaissance à nos jours, notre expérience s’est enrichie, mais nous avons perdu l’idée d’une entité supérieure qui autrefois réfrénait nos passions et notre irresponsabilité.

Une même maladie : le rejet de toute vie intérieure et progrès moral

Nous avions placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure.
À l’Est, c’est la foire du Parti qui la foule aux pieds,
à l’Ouest la foire du Commerce : ce qui est effrayant, ce n’est même pas le fait du monde éclaté, c’est que les principaux morceaux en soient atteints d’une maladie analogue.
Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort. Mais corporellement voué à la mort, sa tâche sur cette terre n’en devient que plus spirituelle : non pas un gorgement de quotidienneté, non pas la recherche des meilleurs moyens d’acquisition, puis de joyeuse dépense des biens matériels, mais l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, en sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n’y étions entrés.

Assumer notre nature physique mais surtout spirituelle

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l’échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n’est pas possible que l’aune qui sert à mesurer de l’efficacité d’un président se limite à la question de combien d’argent l’on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d’un gazoduc.
Ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde.
Quand bien même nous serait épargné d’être détruits par la guerre, notre vie doit changer si elle ne veut pas périr par sa propre faute. Nous ne pouvons nous dispenser de rappeler ce qu’est fondamentalement la vie, la société.
— Est-ce vrai que l’homme est au-dessus de tout ?
— N’y a-t-il aucun esprit supérieur au-dessus de lui ?
— Les activités humaines et sociales peuvent-elles légitimement être réglées par la seule expansion matérielle ?
— A-t-on le droit de promouvoir cette expansion au détriment de l’intégrité de notre vie spirituelle ?
Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-Âge à la Renaissance. Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne.
Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter… toujours plus haut.

  

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9 août 2023 3 09 /08 /août /2023 16:56

A voir absolument !

Henry

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8 juin 2023 4 08 /06 /juin /2023 17:52

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17 mai 2023 3 17 /05 /mai /2023 17:50

Les révélations poignantes de Christine Deviers-Joncour sur son procès au sujet des frégates de Taiwan, les suites, les pressions abominables.

 

Elle décrit comme toujours les travers de nos élites totalement corrompues, prêtes à tout pour un moindre sous, leur totale immoralité et leur mentalité infecte.

N'espérez rien de ces gens là !

 

Mais au final elle lance un message d'espoir pour tous !

 

Henry

 

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