Archives départementales XVIIème siècle.
Blason tel qu'il est dans l'église de Vouillé dans les Deux-Sèvres coté gauche en face de l'autel.
Les variantes sont soit d'azur (fond bleu) ou de gueule (fond rouge). la plus ancienne étant de gueule (pour la filiation protestante) et d'azur (pour la filiation catholique).
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1. L'écu étudié : ce que disent les armoriaux
Avant toute lecture symbolique, il faut établir l'objet. Trois armoriaux imprimés permettent de fixer la composition et son rattachement à la famille d'Assailly, en Poitou.
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Source |
Texte relevé |
Apport |
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René Pétiet, Armorial poitevin, 1911 |
« Assaily, Assailly (Comtes). Niort. D'azur à 3 lis de jardin d'arg. tiges et feuilles de sin. S. : deux lions ou griffons d'or. Dev. : Terris altius. » (Armorial poitevin, archive.org) |
Source la plus complète : champ, meubles, supports, devise |
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H. Gourdon de Genouillac, Recueil d'armoiries des maisons nobles de France, 1860 |
« Assailly (d'). — D'azur, à trois lis d'argent, tigés et feuillés de sinople. » (Recueil d'armoiries, archive.org) |
Confirme le champ d'azur |
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Chassant et Tausin, Dictionnaire des devises historiques et héraldiques |
« Terris altius. — D'Assailly. » (Dictionnaire des devises, archive.org) |
Confirme la devise |
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J. de Champeaux, Devises, cris de guerre, légendes, dictons |
« Aesailly [sic, pour Assailly] (d') (Poitou). — Terris altius. » (Devises, cris de guerre, archive.org) |
Rattachement au Poitou |
Précaution de méthode : trois couches de sens
Une lecture ésotérique honnête doit distinguer trois couches.
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La couche héraldique primaire. Au Moyen Âge, les armoiries servent d'abord à identifier. Michel Pastoureau montre que la couleur ne devient un concept abstrait, porteur d'une symbolique stable quel que soit son support, que progressivement, entre l'an mil et le XVe siècle (Pastoureau, Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 2016). Les significations médiévales des couleurs restent « multiples et non restrictives » (Aisling 1198, d'après Pastoureau).
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La couche des traités symboliques. Elle se développe du XIVe au XVIIe siècle, avec Bartolo de Sassoferrato (vers 1355-1358) (Heraldica.org, Bartolo), le héraut Sicille et son Blason des couleurs au XVe siècle (Sicille, Google Books), puis Vulson de La Colombière au XVIIe, qui systématise les correspondances : planètes, pierres, vertus, éléments (Wikipédia, Gueules).
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La couche hermétique et exégétique. Ce sont les lectures bibliques (typologie de l'Ancien Testament), mariales, christologiques et alchimiques. Elles sont légitimes comme grille de lecture, mais ne prouvent pas l'intention des premiers porteurs.
Le guide qui suit superpose ces trois couches et signale, à chaque étape, leur degré de certitude.
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Émail |
Tradition héraldique |
Lecture chrétienne |
Écho de l'Ancien Testament |
Lecture alchimique |
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Azur (champ attesté) |
« Royauté, majesté, beauté » (Armorial des principales maisons, Wikisource) ; loyauté, fidélité (Aisling 1198) |
Le bleu devient un attribut marial au XIIe siècle (Aisling 1198) : ciel, manteau de la Vierge |
Le « bleu » (hyacinthe) des tentures du Tabernacle, brodées de chérubins (Exode 26,1), lu par l'exégèse comme le « caractère céleste » (BPC, Exode 26) |
L'air, l'espace où se sublime le volatil : le « ciel » du vaisseau alchimique |
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Gueules (variante) |
« Courage, hardiesse, intrépidité » (Wikisource) ; mais aussi orgueil (Aisling 1198) |
Pour Vulson : « justice, charité et amour ardent envers Dieu et son prochain » ; planète Mars, élément Feu (Wikipédia, Gueules). Sang du Christ et des martyrs |
L'écarlate du péché qui devient blanc : « si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige » (Isaïe 1,18) |
Rubedo, l'œuvre au rouge, dernière phase et achèvement du Grand Œuvre (Wikipédia, Rubedo) |
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Argent (lis) |
« Innocence, blancheur, virginité » (Wikisource) |
Pureté, virginité mariale, Transfiguration, vêtement blanc des élus |
La blancheur de neige et de laine d'Isaïe 1,18 : la pureté rendue |
Albedo, l'œuvre au blanc : la lumière après les ténèbres, la « résurrection » de la matière (CNRS Éditions, chapitre Alchimie) ; la Lune |
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Or (supports) |
« Richesse, force, foi, pureté, constance » (Wikisource). Pour Bartolo, l'or est la plus noble des couleurs et figure le Soleil (Bartolo, traduction russe, Vostlit) |
Lumière divine, gloire, royauté du Christ |
Les deux chérubins « d'or battu » de l'Arche d'alliance (Exode 25,18-20) |
Le Soleil, le métal parfait, but de la transmutation |
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Sinople (tiges et feuilles) |
« Espérance, abondance, liberté » (Wikisource) ; joie, jeunesse (Aisling 1198) |
Couleur ambivalente : vie, sève, espérance d'un côté ; poison, Diable, instabilité de l'autre (Pastoureau, Vert, Google Books) |
L'enracinement : Israël « fleurira comme le lis et poussera des racines comme le Liban » (Osée 14,5) |
Le lion vert du Rosarium philosophorum (1550), agent de dissolution ou « mercure » des philosophes (Genovefa, Bibliothèque Sainte-Geneviève) |
Deux remarques d'histoire des couleurs
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Le mot « sinople » a d'abord désigné un rouge, avant de se fixer sur le vert (Aisling 1198 ; Wikipédia, Gueules). Pour un lecteur ésotérique, ce glissement est parlant : le vert des tiges garde la mémoire d'un feu.
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Le gueules est l'émail le plus fréquent de l'aristocratie féodale ; Pastoureau le relève dans environ 60 % des armoiries européennes (Wikipédia, Gueules). Choisir l'azur (forme attestée tardivement) plutôt que le gueules place donc l'écu dans un registre plus contemplatif que guerrier.
3. Les meubles et les ornements
Nature héraldique. Le « lis de jardin » (ou « au naturel ») n'est pas la fleur de lis stylisée des Capétiens. C'est la plante entière, avec sa tige et ses feuilles. Plusieurs familles françaises portent des lis de ce type sur azur, comme les Lefèvre d'Ormesson : « d'azur à trois lys de jardin d'argent, tigés et feuillés de sinople » (Wikipédia, Armorial des familles de France). Ce type d'armes est donc bien établi.
Lecture chrétienne.
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Le lis est « l'emblème de la virginité ». Dans l'iconographie mariale, une tige à trois fleurs signifie que « Marie a été vierge avant, pendant et après son enfantement » (La Rose et l'imprimé, Université de Poitiers).
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Le bouquet de lis des Annonciations signifie aussi la pureté originelle de Marie (Presses universitaires de Rennes, Tota pulchra es).
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Le nombre trois est lu comme trinitaire. Un texte médiéval sur les fleurs de lis explique qu'elles sont trois parce que ce nombre « contient en lui le commencement, le milieu et la fin », comme la Trinité (Wikipédia, Fleur de lys).
Ancrage dans l'Ancien Testament.
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« Comme un lis au milieu des épines, telle est mon amie » (Cantique des Cantiques 2,2). C'est le lilium inter spinas que la mystique médiévale applique à la Vierge (Floralens ; Eikón Imago, UCM).
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« Il fleurira comme le lis, et il poussera des racines comme le Liban » (Osée 14,5). C'est le verset qui correspond le mieux à un lis tigé et feuillé : fleur en haut, racines en bas.
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Les chapiteaux des colonnes du Temple de Salomon « représentaient des lis » (1 Rois 7,19) : le lis couronne ce qui s'élève.
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« Florete flores quasi lilium » : « fleurissez comme le lis, répandez votre parfum » (Siracide 39, Vulgate, Douay-Rheims).
Lecture alchimique. Le lis blanc est le signe de l'albedo : la matière purifiée, blanchie, qui a traversé l'œuvre au noir (C.G. Jung, phases de l'alchimie). La tige verte figure la sève de la matière première, la fleur blanche le premier accomplissement.
3.2 Les griffons d'or (supports)
Nature. Le griffon réunit l'aigle (tête, ailes, serres) et le lion (corps). Critère pratique : s'il y a des ailes et un bec, c'est un griffon ; sinon, un lion.
Ambivalence biblique. La Vulgate range le griffon parmi les oiseaux impurs (Lévitique 11,13 ; Deutéronome 14,12). Isidore de Séville en fait un fauve qui déchire hommes et chevaux (Danteworlds, Griffin). Le griffon est donc, au départ, une force sauvage.
Des chérubins aux griffons : le lien avec l'Ancien Testament. C'est le rapprochement le plus fort de tout l'écu.
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Dans l'iconographie du Proche-Orient ancien, les chérubins ont été comparés au sphinx, lion ailé à tête humaine ; quand le lion ailé a une tête d'oiseau, on l'appelle griffon (InterBible, L'archéologie et les anges). Roland de Vaux suggérait même que les sphinx avaient emprunté aux griffons leur fonction de gardiens (mémoire sur les chérubins).
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Ces êtres hybrides protègent les arbres sacrés. Ils sont devenus les gardiens du jardin d'Éden, placés sur le chemin de l'arbre de vie après l'expulsion d'Adam (Genèse 3,24) (Presses universitaires de Rennes, Les anges n'ont pas toujours eu des ailes).
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Sur l'Arche d'alliance : « Tu feras deux chérubins d'or [...] se faisant face l'un à l'autre », les ailes déployées au-dessus du propitiatoire (Exode 25,18-20).
Deux gardiens ailés, d'or, affrontés, encadrant ce qui est sacré : c'est exactement la disposition des supports de l'écu. Lus ainsi, les griffons font de l'écu une arche ou un jardin gardé. Les trois lis jouent le rôle de l'arbre de vie, ou de ce que contient l'Arche.
Lecture chrétienne. Chez Dante, le griffon qui tire le char de Béatrice est le Christ, « une seule personne en deux natures » (Purgatoire 31,81) (Danteworlds ; Treccani, Enciclopedia Dantesca). L'aigle correspond à la divinité, le lion à l'humanité. Chez Dante, ses parties d'aigle sont justement d'or.
Lecture alchimique. Le lion figure le soufre, principe fixe, et l'aigle le mercure, principe volatil (Albert Poisson, Théories et symboles des alchimistes, Gallica). Le griffon, qui réunit les deux, représente l'opération centrale de l'œuvre : fixer le volatil et volatiliser le fixe. C'est la conjonction des contraires, la pierre en voie d'achèvement.
3.3 Le lion : supports possibles et lion couché en pointe
Ambivalence médiévale. Dans la pensée médiévale, le lion est « un être ambivalent ». Il est souvent négatif dans l'Ancien Testament (Samson, David, Daniel ; « sauve-moi de la gueule du lion », Psaume 22) (Bulletin monumental, 1993, « Du texte à l'image : l'exemple du lion »). Avec l'Apocalypse, il devient le Christ lui-même : « le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David » (Apocalypse 5,5) (même article).
Le lion couché de l'Ancien Testament. La bénédiction de Jacob donne une clé précise pour le lion « couché » :
« Juda est un jeune lion [...] Il ploie les genoux, il se couche comme un lion, comme une lionne : qui le fera lever ? » (Genèse 49,9)
Balaam reprend la même image pour tout Israël (Nombres 24,9). Le lion couché n'est donc pas un lion vaincu. C'est une force souveraine au repos, que nul n'ose réveiller. C'est aussi la source directe du « lion de Juda » de l'Apocalypse, désigné comme radix Jacob, la racine de Jacob (Bulletin monumental). Placé en pointe, c'est-à-dire en bas, ce lion devient littéralement la racine de l'écu.
Le Physiologus. Le bestiaire chrétien ajoute deux propriétés (Physiologus, University of Victoria) :
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le lion dort les yeux ouverts, comme le Christ dont le corps dort dans la mort tandis que sa divinité veille ;
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le lionceau naît mort et son père lui rend la vie le troisième jour, figure de la Résurrection.
Un lion couché convient parfaitement à la première propriété : il est au repos, mais vigilant.
La fleur de lis sur le lion. Si elle est bien voulue, elle « marque » la force terrestre du sceau de la pureté ou de la fidélité royale. C'est le lion de Juda qui porte en lui la tige de Jessé.
Lecture alchimique. Le lion d'or est le soufre fixé, le Soleil terrestre. Le Rosarium philosophorum montre à l'inverse un lion vert qui dévore le Soleil, image de la dissolution de l'or ordinaire (Cahier de recherche, transmutation spirituelle). L'écu réunit les deux pôles : le vert des tiges (lion vert, matière vivante) et l'or du lion couché (matière fixée, accomplie).
4. Références bibliques précises : Ancien et Nouveau Testament
Cette section donne, pour chaque élément de l'écu, les versets exacts de l'Ancien Testament (la « figure ») et du Nouveau Testament (l'« accomplissement »). Chaque verset est donné en français dans la traduction liturgique officielle de l'AELF, puis en latin dans la Vulgate clémentine, le texte que lisaient les clercs, les hérauts et les lettrés d'Ancien Régime.
Numérotation. Les références suivent la numérotation hébraïque, celle des Bibles françaises modernes. Quand la Vulgate diffère, sa numérotation est donnée entre parenthèses : par exemple Ps 91 (90) ou Si 39,13-14 (Vg 39,17-19).
Écarts de traduction. Ils comptent pour l'héraldique. Là où les traductions modernes lisent « rose » ou « gypaète », la Vulgate dit souvent lilium ou gryps. Un lecteur médiéval ou moderne voyait donc des lis et des griffons là où nos Bibles n'en montrent plus. Ces écarts sont signalés au fil du texte.
4.1 Le lion couché : la souche de Juda
Genèse 49,9-10 — bénédiction de Jacob sur Juda : le texte fondateur du lion couché
« Juda est un jeune lion. Tu remontes du carnage, mon fils. Il s’est accroupi, il s’est couché comme un lion ; ce fauve, qui le fera lever ? Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement, à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront. » (AELF)
« Catulus leonis Juda : ad praedam, fili mi, ascendisti : requiescens accubuisti ut leo, et quasi leaena : quis suscitabit eum? Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, et ipse erit expectatio gentium. » (Vulgate)
La Vulgate dit requiescens accubuisti ut leo : « au repos, tu t'es couché comme un lion ». C'est l'attitude exacte du lion couchant. Le verset 10 lie ce lion à une descendance, celle du sceptre qui ne quittera pas Juda : le lion couché est d'emblée une image de lignée.
Nombres 24,9 — oracle de Balaam
« Puis il s’accroupit, il se couche, comme un lion, comme une lionne. Qui le fera se relever ? Béni soit celui qui te bénira, maudit soit celui qui te maudira ! » (AELF)
« Accubans dormivit ut leo, et quasi leaena, quam suscitare nullus audebit. Qui benedixerit tibi, erit et ipse benedictus : qui maledixerit, in maledictione reputabitur. » (Vulgate)
La Vulgate insiste encore : accubans dormivit ut leo (« couché, il s'est endormi comme un lion »), quam suscitare nullus audebit (« que nul n'osera réveiller »). Elle y joint une bénédiction : Qui benedixerit tibi, erit et ipse benedictus.
Nombres 23,24 — le contrepoint : le lion qui se dresse
« Voici qu’un peuple se lèvera comme une lionne, comme un lion il se dressera. Il ne se couchera pas sans avoir dévoré sa proie, sans avoir bu le sang des victimes ! » (AELF)
« Ecce populus ut leaena consurget, et quasi leo erigetur : non accubabit donec devoret praedam, et occisorum sanguinem bibat. » (Vulgate)
Nombres 23,24 et 24,9 forment une paire : le lion qui se lève, puis le lion qui se couche après la victoire. Le lion couchant de l'écu est donc un lion victorieux au repos, et non un lion abattu.
Proverbes 28,1 — le juste, assuré comme un lion
« Le coupable s’enfuit quand nul ne le poursuit, les innocents ont l’assurance des lions. » (AELF)
« Fugit impius, nemine persequente; justus autem, quasi leo confidens, absque terrore erit. » (Vulgate)
Juges 14,14 — l'énigme de Samson
« Samson leur dit : « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. » Au bout de trois jours, les jeunes gens n’avaient pas encore pu expliquer l’énigme. » (AELF)
« Dixitque eis : De comedente exivit cibus, et de forti egressa est dulcedo. Nec potuerunt per tres dies propositionem solvere. » (Vulgate)
De forti egressa est dulcedo : « du fort est sortie la douceur ». Appliquée à l'écu, l'image est parlante : du lion d'en bas sortent les lis d'en haut.
1 Rois 10,18-20 — le trône de Salomon, d'ivoire et d'or, gardé par des lions
« Le roi fit aussi un grand trône d’ivoire, qu’il plaqua d’or affiné. Ce trône avait six degrés, un dossier à sommet arrondi, et des bras de chaque côté du siège ; deux lions étaient debout près des bras et douze lions se tenaient là, sur les six degrés, de chaque côté. Dans aucun royaume on ne fit chose pareille. » (AELF)
« Fecit etiam rex Salomon thronum de ebore grandem : et vestivit eum auro fulvo nimis, qui habebat sex gradus : et summitas throni rotunda erat in parte posteriori : et duae manus hinc atque inde tenentes sedile : et duo leones stabant juxta manus singulas. Et duodecim leunculi stantes super sex gradus hinc atque inde : non est factum tale opus in universis regnis. » (Vulgate)
C'est le précédent biblique le plus proche de l'idée de supports : deux lions dressés de part et d'autre du siège royal (duo leones stabant juxta manus singulas), sur un trône revêtu d'or. Le thème vaut aussi bien pour des supports « lions d'or » que pour le lion placé au pied de l'écu.
Psaume 91 (90),13 — l'autre face du lion
« tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le Dragon. » (AELF)
« Super aspidem et basiliscum ambulabis, et conculcabis leonem et draconem. » (Vulgate)
Dans les Psaumes, le lion est aussi une force du mal que le juste foule aux pieds. Ce verset de la liturgie du premier dimanche de Carême rappelle l'ambivalence du lion médiéval, déjà signalée à la section 4.3.
Apocalypse 5,5 — l'accomplissement de Genèse 49,9
« Mais l’un des Anciens me dit : « Ne pleure pas. Voilà qu’il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David : il ouvrira le Livre aux sept sceaux. » (AELF)
« Et unus de senioribus dixit mihi : Ne fleveris : ecce vicit leo de tribu Juda, radix David, aperire librum, et solvere septem signacula ejus. » (Vulgate)
Vicit leo de tribu Juda, radix David : « le lion de la tribu de Juda a vaincu, la racine de David ». Le lion couché de Jacob s'est relevé : c'est le Christ ressuscité. Le mot radix (racine) justifie la place du lion en pointe, à la base de l'écu.
Luc 1,32-33 — le trône de David et le règne sans fin
« Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » (AELF)
« hic erit magnus, et Filius Altissimi vocabitur, et dabit illi Dominus Deus sedem David patris ejus : et regnabit in domo Jacob in aeternum, et regni ejus non erit finis. » (Vulgate)
1 Pierre 5,8 — le lion rugissant, figure du diable
« Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. » (AELF)
« Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit, quaerens quem devoret : » (Vulgate)
Le Nouveau Testament garde l'ambivalence. Le lion de Juda (Christ) et le lion rugissant (diable) s'opposent. Le lion couché et vigilant de l'écu se range du côté du premier, puisque vigilate (« veillez ») est précisément la vertu du lion qui dort les yeux ouverts.
4.2 Racine, tige et sinople : la lignée qui pousse
Isaïe 11,1 et 11,10 — la tige de Jessé
« Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. […] Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. » (AELF)
« Et egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet. […] In die illa radix Jesse, qui stat in signum populorum, ipsum gentes deprecabuntur, et erit sepulchrum ejus gloriosum. » (Vulgate)
Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet : « une tige sortira de la racine de Jessé, et une fleur montera de sa racine ». C'est le verset clé pour des lis tigés et feuillés. Le Moyen Âge en a tiré l'« Arbre de Jessé », généalogie du Christ en forme de plante, où la tige (virga) a été lue comme la Vierge (virgo) et la fleur (flos) comme le Christ. Le verset 10 ajoute que la racine se dressera in signum populorum, « comme un étendard pour les peuples » : c'est un emblème.
Nombres 17,23 (Vg 17,8) — le bâton d'Aaron qui fleurit
« Le lendemain, Moïse entra dans la tente du Témoignage, et voici : la branche d’Aaron avait fleuri pour la maison de Lévi ; la branche avait fait éclore une floraison, fleurir des fleurs et mûrir des amandes ! » (AELF)
« sequenti die regressus invenit germinasse virgam Aaron in domo Levi : et turgentibus gemmis eruperant flores, qui, foliis dilatatis, in amygdalas deformati sunt. » (Vulgate)
La Vulgate décrit une floraison complète : bourgeons, fleurs, feuilles déployées (foliis dilatatis), fruits. C'est le signe divin de l'élection d'une maison, celle de Lévi. Cette élection d'une lignée par une floraison est au plus près du programme de l'écu.
Osée 14,6-8 — fleurir comme le lis, s'enraciner comme le Liban
« Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban. Ses jeunes pousses vont grandir, sa parure sera comme celle de l’olivier, son parfum, comme celui de la forêt du Liban. Ils reviendront s’asseoir à son ombre, ils feront revivre le froment, ils fleuriront comme la vigne, ils seront renommés comme le vin du Liban. » (AELF)
« Ero quasi ros; Israel germinabit sicut lilium, et erumpet radix ejus ut Libani. Ibunt rami ejus, et erit quasi oliva gloria ejus, et odor ejus ut Libani. Convertentur sedentes in umbra ejus; vivent tritico, et germinabunt quasi vinea; memoriale ejus sicut vinum Libani. » (Vulgate)
Le verset réunit, dans une seule image, la fleur (germinabit sicut lilium) et la racine (erumpet radix ejus ut Libani) : l'argent et le sinople de l'écu.
Psaume 92 (91),13-14 — le juste planté dans la maison du Seigneur
« Le juste grandira comme un palmier, il poussera comme un cèdre du Liban ; » (AELF)
« Justus ut palma florebit; sicut cedrus Libani multiplicabitur. Plantati in domo Domini, in atriis domus Dei nostri florebunt. » (Vulgate)
Matthieu 1,1 — le « livre de la genèse » de Jésus-Christ
« GENEALOGIE DE JESUS, CHRIST, fils de David, fils d’Abraham. » (AELF)
« Liber generationis Jesu Christi filii David, filii Abraham. » (Vulgate)
Liber generationis ouvre le Nouveau Testament sur une généalogie. La lignée est le cadre même où s'accomplit la promesse.
Romains 15,12 — Paul cite Isaïe 11,10
« À son tour, Isaïe déclare : Il paraîtra, le rejeton de Jessé, celui qui se lève pour commander aux nations ; en lui les nations mettront leur espérance. » (AELF)
« Et rursus Isaias ait : Erit radix Jesse, et qui exsurget regere gentes, in eum gentes sperabunt. » (Vulgate)
Apocalypse 22,16 — « Je suis la racine et la descendance de David »
« Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » (AELF)
« Ego Jesus misi angelum meum testificari vobis haec in ecclesiis. Ego sum radix, et genus David, stella splendida et matutina. » (Vulgate)
Éphésiens 3,17 — enracinés dans la charité
« Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l'amour, établis dans l'amour. » (AELF)
« Christum habitare per fidem in cordibus vestris : in caritate radicati, et fundati, » (Vulgate)
In caritate radicati et fundati : l'enracinement végétal (sinople) devient vertu. La racine de la lignée est transposée en racine spirituelle.
Jean 12,24 — le grain qui meurt en terre
« Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (AELF)
« Amen, amen dico vobis, nisi granum frumenti cadens in terram, mortuum fuerit, » (Vulgate)
Hébreux 9,4 — le bâton d'Aaron conservé dans l'Arche d'or
« contenant un brûle-parfum en or et l’arche d’Alliance entièrement recouverte d’or, dans laquelle se trouvaient un vase d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri, et les tables de l’Alliance ; » (AELF)
« aureum habens thuribulum, et arcam testamenti circumtectam ex omni parte auro, in qua urna aurea habens manna, et virga Aaron, quae fronduerat, et tabulae testamenti, » (Vulgate)
Cantique des Cantiques 2,1-2 et 2,16 — le lis des vallées, le lis entre les épines
« Je suis la rose du Sarone, le lis des vallées. LUI Comme le lis entre les ronces, ainsi mon amie entre les jeunes filles. ELLE […] Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui qui mène paître ses brebis parmi les lis. » (AELF)
« Ego flos campi, et lilium convallium. Sicut lilium inter spinas, sic amica mea inter filias. […] Dilectus meus mihi, et ego illi, qui pascitur inter lilia, » (Vulgate)
Sicut lilium inter spinas est le texte-source de l'exégèse mariale du lis.
1 Rois 7,19, 22 et 26 — les lis du Temple de Salomon
« Les chapiteaux qui coiffaient les colonnes du Vestibule étaient en forme de lis de quatre coudées. […] Sur le sommet des colonnes se trouvait l’ouvrage en forme de lis. Ainsi fut terminé le travail des colonnes. […] L’épaisseur de la Mer était d’une largeur de paume, son rebord était comme le bord d’une coupe, en forme de fleur de lis. Sa contenance était de deux mille mesures. » (AELF)
« Capitella autem, quae erant super capita columnarum, quasi opere lilii fabricata erant in porticu quatuor cubitorum. […] Et super capita columnarum opus in modum lilii posuit : perfectumque est opus columnarum. […] Grossitudo autem luteris, trium unciarum erat : labiumque ejus, quasi labium calicis, et folium repandi lilii : duo millia batos capiebat. » (Vulgate)
Les lis couronnent les colonnes (super capita columnarum opus in modum lilii) et bordent la Mer d'airain (folium repandi lilii). Le lis marque l'achèvement : perfectumque est opus columnarum, « et l'œuvre des colonnes fut achevée ». C'est la place qu'il occupe dans l'écu, au sommet de la tige.
Siracide 39,13-14 (Vg 39,17-19) — « fleurissez comme le lis »
« Écoutez-moi, génération de saints : croissez comme la rose plantée au bord des eaux. Comme le Liban, exhalez votre parfum, et fleurissez comme le lis. Élevez la voix, chantez ensemble, et bénissez le Seigneur en toutes ses œuvres. » (AELF)
« In voce dicit : Obaudite me, divini fructus, et quasi rosa plantata super rivos aquarum fructificate. Quasi Libanus odorem suavitatis habete. Florete flores quasi lilium : et date odorem, et frondete in gratiam : et collaudate canticum, et benedicite Dominum in operibus suis. » (Vulgate)
La Vulgate ajoute frondete in gratiam, « couvrez-vous de feuillage pour la grâce » : c'est un appel direct à des lis feuillés.
Siracide 50,8 — le grand prêtre Simon, comme les lis au bord des eaux
« comme la rose en fleur aux jours du printemps, comme le lis près des sources d’eaux, comme les jeunes pousses du Liban aux jours de l’été, » (AELF)
« Quasi arcus refulgens inter nebulas gloriae, et quasi flos rosarum in diebus vernis, et quasi lilia quae sunt in transitu aquae, et quasi thus redolens in diebus aestatis : » (Vulgate)
Isaïe 35,1-2 — le désert fleurira
« Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. » (AELF)
« Laetabitur deserta et invia, et exsultabit solitudo, et florebit quasi lilium. Germinans germinabit, et exsultabit laetabunda et laudans : gloria Libani data est ei, decor Carmeli et Saron; ipsi videbunt gloriam Domini, et decorem Dei nostri. » (Vulgate)
Écart de traduction : l'AELF lit « comme la rose », mais la Vulgate dit florebit quasi lilium, « il fleurira comme le lis ». Pour un lecteur de la Vulgate, c'est un verset du lis.
Matthieu 6,28-29 — les lis des champs
« Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. » (AELF)
« Et de vestimento quid solliciti estis? Considerate lilia agri quomodo crescunt : non laborant, neque nent. Dico autem vobis, quoniam nec Salomon in omni gloria sua coopertus est sicut unum ex istis. » (Vulgate)
Luc 12,27 — même parole chez Luc
« Observez les lis : comment poussent-ils ? Ils ne filent pas, ils ne tissent pas. Or je vous le dis : Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. » (AELF)
« Considerate lilia quomodo crescunt : non laborant, neque nent : dico autem vobis, nec Salomon in omni gloria sua vestiebatur sicut unum ex istis. » (Vulgate)
La parole du Christ relie explicitement le lis à l'Ancien Testament. Le lis est plus glorieux que Salomon, celui-là même qui avait orné le Temple de lis (1 R 7) et son trône de lions (1 R 10). L'écu superpose ainsi la gloire royale salomonienne (or, lions) et la gloire naturelle et donnée du lis. C'est exactement la tension de Terris altius.
4.4 Chérubins et griffons : les gardiens d'or affrontés
Genèse 3,24 — les chérubins gardiens de l'arbre de vie
« Il expulsa l’homme, et il posta, à l’orient du jardin d’Éden, les Kéroubim, armés d’un glaive fulgurant, pour garder l’accès de l’arbre de vie. » (AELF)
« Ejecitque Adam : et collocavit ante paradisum voluptatis cherubim, et flammeum gladium, atque versatilem, ad custodiendam viam ligni vitae. » (Vulgate)
Ad custodiendam viam ligni vitae : « pour garder le chemin de l'arbre de vie ». Si les lis figurent l'arbre de vie, les supports en sont les gardiens.
Exode 25,18-20 et 22 — les deux chérubins d'or de l'Arche
« Ensuite tu forgeras deux kéroubim en or à placer aux deux extrémités du propitiatoire. Fais un kéroub à une extrémité, et l’autre kéroub à l’autre extrémité ; vous ferez donc les kéroubim aux deux extrémités du propitiatoire. Les kéroubim auront les ailes déployées vers le haut et protégeront le propitiatoire de leurs ailes. Ils se feront face, le regard tourné vers le propitiatoire. […] C’est là que je te laisserai me rencontrer ; je parlerai avec toi d’au-dessus du propitiatoire entre les deux kéroubim situés sur l’arche du Témoignage ; là, je te donnerai mes ordres pour les fils d’Israël. » (AELF)
« Duos quoque cherubim aureos et productiles facies, ex utraque parte oraculi. Cherub unus sit in latere uno, et alter in altero. Utrumque latus propitiatorii tegant expandentes alas, et operientes oraculum, respiciantque se mutuo versis vultibus in propitiatorium quo operienda est arca, […] Inde praecipiam, et loquar ad te supra propitiatorium, ac de medio duorum cherubim, qui erunt super arcam testimonii, cuncta quae mandabo per te filiis Israel. » (Vulgate)
Tout le vocabulaire des supports est présent. Ils sont deux (duos), d'or (aureos), placés de part et d'autre (ex utraque parte), ailes déployées (expandentes alas) et affrontés (respiciantque se mutuo). Le verset 22 précise que c'est de medio duorum cherubim, « du milieu des deux chérubins », que Dieu parle. Ce qui est placé entre les deux gardiens est donc le lieu de la présence.
1 Rois 6,23 et 29 — les chérubins du Temple, entre palmes et fleurs
« Dans le Saint des saints, il fit deux kéroubim en bois d’olivier : leur hauteur était de dix coudées. […] Sur les murs de la Maison, tout autour, il sculpta des figures : sculptures de kéroubim, de palmiers et de fleurs épanouies, sur le devant et à l’extérieur. » (AELF)
« Et fecit in oraculo duos cherubim de lignis olivarum, decem cubitorum altitudinis. […] Et omnes parietes templi per circuitum sculpsit variis caelaturis et torno : et fecit in eis cherubim, et palmas, et picturas varias, quasi prominentes de pariete, et egredientes. » (Vulgate)
1 Rois 7,29 — lions, bœufs et chérubins réunis
« Sur les panneaux encadrés de bordures se trouvaient des lions, des bœufs et des kéroubim ; de même sur les bordures supérieures. Au-dessous des lions et des bœufs, des volutes descendaient. » (AELF)
« Et inter coronulas et plectas, leones et boves et cherubim, et in juncturis similiter desuper : et subter leones et boves, quasi lora ex aere dependentia. » (Vulgate)
Lions et chérubins apparaissent ensemble sur le même ouvrage. L'hésitation « lions ou griffons » de l'armorial trouve ici un précédent : les deux types de gardiens coexistaient dans le décor du Temple.
Ézéchiel 41,18-19 — le chérubin à face de lion, de part et d'autre d'un palmier
« étaient représentées : des Kéroubim et des palmiers, un palmier entre deux Kéroubim ; chaque Kéroub avait deux faces : une face d’homme, tournée vers le palmier, d’un côté, et une face de lion, vers le palmier, de l’autre, tout cela représenté sur le pourtour de la Maison. » (AELF)
« Et fabrefacta cherubim et palmae : et palma inter cherub et cherub, duasque facies habebat cherub. Faciem hominis juxta palmam ex hac parte, et faciem leonis juxta palmam ex alia parte : expressam per omnem domum in circuitu. » (Vulgate)
La composition est affrontée : un palmier entre deux chérubins, chacun tourné vers l'arbre, et le chérubin porte une face de lion. On n'est pas loin d'un griffon héraldique tenant un écu végétal.
Ézéchiel 1,10 — les quatre faces : homme, lion, bœuf, aigle
« La forme de leurs visages, c’était visage d’homme et, vers la droite, visage de lion pour tous les quatre, visage de taureau à gauche pour tous les quatre, et visage d’aigle pour tous les quatre. » (AELF)
« Similitudo autem vultus eorum, facies hominis et facies leonis a dextris ipsorum quatuor, facies autem bovis a sinistris ipsorum quatuor, et facies aquilae desuper ipsorum quatuor. » (Vulgate)
2 Samuel 1,23 — Saül et Jonathan : aigles et lions
« Saül et Jonathan, aimables, pleins de charme, ni dans la vie ni dans la mort ne furent séparés, plus rapides que les aigles, plus vaillants que les lions. » (AELF)
« Saul et Jonathas amabiles, et decori in vita sua, in morte quoque non sunt divisi : aquilis velociores, leonibus fortiores. » (Vulgate)
Aquilis velociores, leonibus fortiores : « plus rapides que les aigles, plus forts que les lions ». La lamentation de David fait l'éloge de deux hommes, un père et son fils, unis « dans la vie et dans la mort », par l'aigle et le lion réunis. C'est la définition même du griffon, appliquée à une lignée.
Daniel 7,4 — la lionne aux ailes d'aigle
« La première ressemblait à un lion, et elle avait des ailes d’aigle. Tandis que je la regardais, ses ailes lui furent arrachées, et elle fut soulevée de terre et dressée sur ses pieds, comme un homme, et un cœur d’homme lui fut donné. » (AELF)
« Prima quasi leaena, et alas habebat aquilae : aspiciebam donec evulsae sunt alae ejus, et sublata est de terra, et super pedes quasi homo stetit; et cor hominis datum est ei. » (Vulgate)
C'est le seul hybride lion-aigle explicite de l'Ancien Testament. Il figure un empire, Babylone, donc une puissance terrestre. Mais son destin est remarquable : ses ailes arrachées, il est « soulevé de terre » (sublata est de terra) et reçoit un cœur d'homme. C'est une élévation au-dessus de la terre, en écho à la devise.
Lévitique 11,13 — le griffon dans la Vulgate
« Voici, parmi les oiseaux, ceux qui seront immondes pour vous et qu’on ne mangera pas, car ce sont des choses immondes : l’aigle, le gypaète, l’orfraie, » (AELF)
« Haec sunt quae de avibus comedere non debetis, et vitanda sunt vobis : aquilam, et gryphem, et haliaeetum, » (Vulgate)
Écart de traduction : l'AELF lit « gypaète », la Vulgate gryphem. Le griffon figure donc nommément dans la Bible latine, parmi les oiseaux impurs. D'où l'ambivalence : force sauvage de la Loi, il devient chez Dante figure du Christ.
Isaïe 40,31 — prendre des ailes comme l'aigle
« mais ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer. » (AELF)
« qui autem sperant in Domino mutabunt fortitudinem, assument pennas sicut aquilae, current et non laborabunt, ambulabunt et non deficient. » (Vulgate)
Hébreux 9,4-5 — les « chérubins de gloire » au-dessus de l'Arche d'or
« contenant un brûle-parfum en or et l’arche d’Alliance entièrement recouverte d’or, dans laquelle se trouvaient un vase d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri, et les tables de l’Alliance ; au-dessus de l’arche, les kéroubim de gloire couvraient de leur ombre la plaque d’or appelée propitiatoire. Mais il n’y a pas lieu maintenant d’entrer dans les détails. » (AELF)
« aureum habens thuribulum, et arcam testamenti circumtectam ex omni parte auro, in qua urna aurea habens manna, et virga Aaron, quae fronduerat, et tabulae testamenti, superque eam erant cherubim gloriae obumbrantia propitiatorium : de quibus non est modo dicendum per singula. » (Vulgate)
L'épître aux Hébreux relit l'Arche d'or, ses deux chérubins et le bâton fleuri d'Aaron comme figures du Christ. Elle réunit ainsi, en un seul verset, les gardiens d'or et la tige fleurie de l'écu.
Apocalypse 4,6-7 — les quatre Vivants autour du Trône
« Devant le Trône, il y a comme une mer, aussi transparente que du cristal. Au milieu, autour du Trône, quatre Vivants, ayant des yeux innombrables en avant et en arrière. Le premier Vivant ressemble à un lion, le deuxième Vivant ressemble à un jeune taureau, le troisième Vivant a comme un visage d’homme, le quatrième Vivant ressemble à un aigle en plein vol. » (AELF)
« Et in conspectu sedis tamquam mare vitreum simile crystallo : et in medio sedis, et in circuitu sedis quatuor animalia plena oculis ante et retro. Et animal primum simile leoni, et secundum animal simile vitulo, et tertium animal habens faciem quasi hominis, et quartum animal simile aquilae volanti. » (Vulgate)
Le lion et l'aigle y sont deux des quatre Vivants, repris d'Ézéchiel 1,10. La tradition chrétienne les a attribués aux évangélistes : le lion à Marc, l'aigle à Jean. Un griffon, lion et aigle à la fois, peut alors se lire comme la réunion de la force (lion) et de la contemplation (aigle de Jean).
4.5 Les couleurs : bleu, blanc, rouge et or dans le texte biblique
Exode 26,1 — les tentures de la Demeure, brodées de chérubins
« « Pour construire la Demeure, tu feras dix tentures de lin retors, pourpre violette, pourpre rouge et cramoisi éclatant ; tu y broderas des kéroubim : ce sera une œuvre d’artiste. » (AELF)
« Tabernaculum vero ita facies : decem cortinas de bysso retorta, et hyacintho, ac purpura, coccoque bis tincto, variatas opere plumario facies. » (Vulgate)
Les quatre matières de la Vulgate recouvrent presque la palette de l'écu : byssus (lin blanc, l'argent), hyacinthus (bleu, l'azur), purpura (pourpre) et coccus bis tinctus (écarlate deux fois teint, le gueules). Le motif brodé est celui des chérubins. Un écu d'azur gardé par des êtres ailés reproduit ainsi, en petit, la tenture du sanctuaire.
Isaïe 1,18 — de l'écarlate à la blancheur
« Venez, et discutons – dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine. » (AELF)
« Et venite, et arguite me, dicit Dominus. Si fuerint peccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbabuntur; et si fuerint rubra quasi vermiculus, velut lana alba erunt. » (Vulgate)
Si fuerint peccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbabuntur : « si vos péchés sont comme l'écarlate, ils seront blanchis comme la neige ». C'est la clé biblique de la variante de gueules : des lis d'argent sur champ rouge figurent la blancheur conquise sur l'écarlate.
Apocalypse 7,14 — des robes blanchies dans le sang
« Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » (AELF)
« Et dixi illi : Domine mi, tu scis. Et dixit mihi : Hi sunt, qui venerunt de tribulatione magna, et laverunt stolas suas, et dealbaverunt eas in sanguine Agni. » (Vulgate)
C'est l'accomplissement d'Isaïe 1,18, sous une forme paradoxale : c'est le rouge (le sang de l'Agneau) qui rend blanc (dealbaverunt eas in sanguine Agni). Dans la variante de gueules, le champ rouge n'est donc pas l'opposé des lis blancs. Il en est la cause.
Matthieu 17,2 — la Transfiguration : visage de soleil, vêtements de neige
« Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. » (AELF)
« et transfiguratus est ante eos. Et resplenduit facies ejus sicut sol : vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. » (Vulgate)
Or et argent réunis : facies ejus sicut sol, « son visage comme le soleil », c'est l'or ; vestimenta alba sicut nix, « ses vêtements blancs comme la neige », c'est l'argent. Ce sont les deux métaux de l'écu, les supports et les lis.
Apocalypse 3,5 — le vainqueur vêtu de blanc, son nom inscrit au livre de vie
« Ainsi, le vainqueur portera des vêtements blancs ; jamais je n’effacerai son nom du livre de la vie ; son nom, je le proclamerai devant mon Père et devant ses anges. » (AELF)
« Qui vicerit, sic vestietur vestimentis albis, et non delebo nomen ejus de libro vitae, et confitebor nomen ejus coram Patre meo, et coram angelis ejus. » (Vulgate)
La blancheur y est liée à la permanence d'un nom. Pour une famille, c'est une lecture directe de la pureté des lis comme garantie de la mémoire du lignage.
Apocalypse 21,18 et 21 — la Jérusalem céleste d'or pur
« Le matériau de la muraille est de jaspe, et la ville est d’or pur, d’une pureté transparente. […] Les douze portes sont douze perles, chaque porte faite d’une seule perle ; la place de la ville est d’or pur d’une parfaite transparence. » (AELF)
« Et erat structura muri ejus ex lapide jaspide : ipsa vero civitas aurum mundum simile vitro mundo. […] Et duodecim portae, duodecim margaritae sunt, per singulas : et singulae portae erant ex singulis margaritis : et platea civitatis aurum mundum, tamquam vitrum perlucidum. » (Vulgate)
Isaïe 55,9 — les cieux élevés au-dessus de la terre
« Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (AELF)
« Quia sicut exaltantur caeli a terra, sic exaltatae sunt viae meae a viis vestris, et cogitationes meae a cogitationibus vestris. » (Vulgate)
Jean 12,32 — « élevé de terre »
« et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (AELF)
« Et ego, si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum. » (Vulgate)
Si exaltatus fuero a terra : « quand j'aurai été élevé de terre ». C'est l'expression néotestamentaire la plus proche de Terris altius. Isaïe dit que le ciel est élevé au-dessus de la terre (exaltantur caeli a terra) ; Jean dit que le Christ est élevé de la terre (exaltatus a terra). La devise se situe exactement entre les deux.
Jean 3,31 — celui qui vient d'en haut, celui qui est de la terre
« Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, » (AELF)
« Qui desursum venit, super omnes est. Qui est de terra, de terra est, et de terra loquitur. Qui de caelo venit, super omnes est. » (Vulgate)
Colossiens 3,1-2 — les réalités d'en haut, non celles de la terre
« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. » (AELF)
« Igitur, si consurrexistis cum Christo : quae sursum sunt quaerite, ubi Christus est in dextera Dei sedens : quae sursum sunt sapite, non quae super terram. » (Vulgate)
Quae sursum sunt sapite, non quae super terram : c'est, en prose, le programme de la devise. Il faut s'attacher à ce qui est en haut plutôt qu'à ce qui est sur la terre, c'est-à-dire aux « terres » que possède une famille noble.
Philippiens 3,20 — notre cité est dans les cieux
« Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, » (AELF)
« Nostra autem conversatio in caelis est : unde etiam Salvatorem exspectamus Dominum nostrum Jesum Christum, » (Vulgate)
Aucune source consultée n'indique que les Assailly aient tiré leur devise d'un de ces versets. Le rapprochement reste interprétatif. Mais le latin altius et la construction a terra / super terram appartiennent bien au vocabulaire de la Vulgate que connaissait tout rédacteur de devise.
4.7 Concordance typologique : de la figure à l'accomplissement
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Élément de l'écu |
Ancien Testament (figure) |
Nouveau Testament (accomplissement) |
Idée commune |
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Lion d'or couché en pointe |
Gn 49,9-10 ; Nb 24,9 ; Nb 23,24 |
Ap 5,5 ; Lc 1,32-33 |
La force de Juda au repos devient le Christ vainqueur, radix David |
|
Lions d'or en supports |
1 R 10,19-20 ; 1 R 7,29 |
Ap 4,7 |
Lions gardiens du trône et du sanctuaire, puis du Trône céleste |
|
Tiges et feuilles de sinople |
Is 11,1.10 ; Nb 17,23 ; Os 14,6-8 ; Ps 92,13-14 |
Mt 1,1 ; Rm 15,12 ; Ap 22,16 ; Ep 3,17 ; He 9,4 |
La lignée comme plante : racine, tige, fleur ; l'élection d'une maison |
|
Trois lis d'argent |
Ct 2,1-2.16 ; 1 R 7,19.22.26 ; Si 39,13-14 ; Si 50,8 ; Is 35,1 (Vg) |
Mt 6,28-29 ; Lc 12,27 |
Le lis, couronnement du Temple, puis gloire donnée qui dépasse Salomon |
|
Deux griffons d'or affrontés |
Gn 3,24 ; Ex 25,18-22 ; Ez 41,18-19 ; 2 S 1,23 ; Dn 7,4 ; Lv 11,13 (Vg) |
He 9,4-5 ; Ap 4,6-7 |
Gardiens de l'arbre de vie et de l'Arche, puis chérubins de gloire et Vivants |
|
Champ d'azur |
Ex 26,1 (hyacinthus) |
Ph 3,20 ; Ap 21 |
Le ciel du sanctuaire, puis la cité céleste |
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Champ de gueules (variante) |
Is 1,18 (coccinum) ; Ex 26,1 (coccus) |
Ap 7,14 |
Le rouge qui devient blanc, puis le sang qui blanchit |
|
Or |
Ex 25,18 ; 1 R 10,18 |
Mt 17,2 ; Ap 21,18.21 |
L'or du sanctuaire et du trône, puis la lumière de la Transfiguration et de la Jérusalem céleste |
|
Argent |
Is 1,18 (nix) |
Mt 17,2 ; Ap 3,5 |
La neige, puis le vêtement blanc des élus et du nom conservé |
|
TERRIS ALTIUS |
Is 55,9 (exaltantur caeli a terra) |
Jn 12,32 (exaltatus a terra) ; Jn 3,31 ; Col 3,1-2 ; Ph 3,20 |
S'élever au-dessus de la terre |
4.8 Le récit biblique de l'écu, verset par verset
Relu de bas en haut avec ces références, l'écu suit une progression qui va de la Genèse à l'Apocalypse :
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Genèse 49,9 : à la base, le lion de Juda se couche ; nul n'ose le réveiller. C'est la souche bénie.
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Isaïe 11,1 et Nombres 17,23 : de cette racine sort une tige, comme le bâton d'Aaron fleurit pour désigner une maison élue.
-
Osée 14,6 et Cantique 2,2 : la tige s'épanouit en lis, pur « entre les épines ».
-
1 Rois 7,22 : le lis couronne l'ouvrage, perfectumque est opus.
-
Exode 25,20 et Genèse 3,24 : deux gardiens d'or, affrontés, protègent ce qui est entre eux, l'arbre de vie ou l'Arche.
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Exode 26,1 : le tout se détache sur l'azur de la tenture du sanctuaire.
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Matthieu 6,29 : le lis surpasse la gloire de Salomon, c'est-à-dire l'or et les lions du trône.
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Apocalypse 5,5 : le lion couché s'est relevé, vainqueur, radix David.
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Isaïe 55,9 et Jean 12,32 : la devise scelle l'ensemble. Terris altius : plus haut que la terre, comme le ciel, comme le Christ « élevé de terre ».
5. La tradition alchimique : l'écu comme Grand Œuvre
La tradition alchimique décrit le Grand Œuvre en phases de couleur : noir (nigredo), blanc (albedo), parfois jaune (citrinitas), rouge (rubedo) (Wikipédia, Rubedo ; C.G. Jung). L'écu peut se lire comme une carte de ce parcours.
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Phase |
Élément de l'écu |
Lecture |
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Matière première, lion vert |
Tiges et feuilles de sinople |
La matière vivante, encore « verte », non accomplie |
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Albedo |
Lis d'argent |
La matière purifiée ; la Lune ; la résurrection du blanc après le noir (CNRS Éditions) |
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Conjonction du fixe et du volatil |
Griffons (lion et aigle) |
L'union du soufre et du mercure (Poisson, Gallica) |
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Citrinitas et Soleil |
L'or des supports et du lion |
L'illumination, le métal parfait (Bartolo) |
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Rubedo (variante de gueules seulement) |
Champ rouge |
L'achèvement de l'œuvre, la pierre rouge |
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Sublimation |
Champ d'azur et devise |
La montée du volatil vers le « ciel » du vaisseau : Terris altius |
Deux variantes, deux étapes de l'œuvre
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Sur azur (forme attestée). Les lis blancs se détachent sur le ciel. L'écu représente l'œuvre au blanc sublimée : une purification qui monte. C'est une lecture contemplative, lunaire et mariale.
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Sur gueules (variante). Les lis blancs reposent sur le rouge. L'écu réunit l'albedo et la rubedo, les deux « pierres » (au blanc et au rouge). C'est une lecture plus « achevée » et plus sacrificielle : la pureté obtenue à travers le feu, le sang ou l'épreuve. On retrouve le mouvement d'Isaïe 1,18, de l'écarlate au blanc.
Réserve sur la « langue des oiseaux »
L'hermétisme moderne, notamment Fulcanelli au XXe siècle (Les Demeures philosophales), a prétendu que les armoiries et les devises parlaient une « langue des oiseaux » fondée sur l'assonance (Wikipédia, Fulcanelli ; Wikipédia, Langue des oiseaux). C'est une grille du XXe siècle, sans valeur de preuve pour une famille d'Ancien Régime. On peut la mentionner comme lecture moderne possible, mais pas comme intention historique.
6. Lecture d'ensemble : lignée et quête spirituelle
L'écu se lit de bas en haut, comme une plante :
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La racine : le lion couché (s'il est retenu), une force patrimoniale et guerrière au repos.
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La croissance : tiges et feuilles de sinople, les générations qui poussent, l'espérance.
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La fleur : trois lis d'argent, l'honneur et l'intégrité, qui sont le fruit de la lignée. On peut y voir trois branches, trois générations ou trois vertus, mais seule une source familiale permettrait de choisir.
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La garde : les deux gardiens d'or affrontés, qui protègent l'héritage.
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La devise : « plus haut que les terres ». La noblesse de la lignée ne tient pas à ses fiefs, mais à ce qu'elle fait fleurir au-dessus d'eux.
C'est une devise à rebours de la noblesse terrienne : une famille qui possède des terres, et en tire son nom et ses titres, affirme que sa valeur est ailleurs.
Le même écu raconte le chemin d'une âme :
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Le point de départ : la force naturelle (lion), puissante mais « couchée », pas encore éveillée.
-
La croissance : la vie de la grâce (sinople), fragile et changeante, puisque le vert est la couleur de l'instabilité (Pastoureau, Vert).
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La purification : les lis blancs, le « lis entre les épines », l'albedo.
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L'union des deux natures : le griffon, qui unit terre et ciel, humain et divin, fixe et volatil.
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L'élévation : l'azur céleste et la devise Terris altius, en écho à Isaïe 55,9.
7. Synthèse : interprétation ésotérique complète de l'écu
Sur le ciel d'azur du Tabernacle, trois lis vivants s'élèvent de la terre. Ils sont d'argent, couleur de la pureté et de l'œuvre au blanc, et nombreux de trois, comme la Trinité et comme la Vierge restée pure avant, pendant et après l'enfantement. Leurs tiges de sinople disent l'enracinement de la lignée et l'espérance qui la fait grandir : « il fleurira comme le lis, et poussera des racines comme le Liban ».
À la base repose le lion de Juda, couché mais vigilant, que nul n'ose réveiller. C'est la souche patriarcale, la force contenue, la racine de Jessé, marquée du lis qui annonce sa fleur.
De part et d'autre, deux griffons d'or se font face, comme les chérubins d'or de l'Arche et les gardiens de l'arbre de vie. Ils unissent l'aigle et le lion : le ciel et la terre, le divin et l'humain, le volatil et le fixe. Ils gardent le trésor, qui est la pureté de la lignée.
Le Nouveau Testament accomplit la figure : le lion couché se relève en « lion de la tribu de Juda, racine de David » (Apocalypse 5,5) ; le lis des champs surpasse la gloire de Salomon (Matthieu 6,29) ; le rouge du sang blanchit les robes des élus (Apocalypse 7,14).
La devise donne le sens du tout : TERRIS ALTIUS. Comme les cieux dominent la terre (Isaïe 55,9), comme le Christ « élevé de terre » (Jean 12,32), l'honneur de la maison doit s'élever au-dessus de ses terres. La lignée n'est qu'une tige ; sa raison d'être est la fleur.
Dans la variante de gueules, la même lecture prend un accent de feu et de sacrifice. Le lis blanc naît du rouge, comme la pureté née de l'épreuve (Isaïe 1,18), et l'œuvre alchimique réunit les deux pierres, au blanc et au rouge.
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